vendredi 11 juillet 2014

La Fleet Air Arm (Aéronavale) Britannique est-elle vraiment de retour ? (explicité 12 / 07 / 2014)




Le 4 Juillet, date très symbolique pour tout Anglophone


La reine Elisabeth II a baptisé 4 Juillet 2014 le nouveau plus gros navire de la Royal Navy, le porte-avion HMS Queen Elisabeth (à voir sur le site Mer et Marine).    

Ce navire, comme son frère qui suivra bientôt le même chemin, est un navire imposant (280 m de long, 70 m de large et 65 000 tonnes).

Le terme fleuron lui est souvent associé.

Certes, c'est un navire puissant. 

Mais il ne soulève en aucune manière l'admiration, en tout cas pas la mienne.


Il a été baptisé juste le jour de l'Independence Day, ce fameux jour où les USA, aidés par la France, ont proclamé leur indépendance... contre la Grande Bretagne !


Or, le cœur militaire de ce navire, justement, est issu de choix purement US (je veux dire : décidés par le Congrès Américain).

Les avions qui se poseront sur son pont seront Américains de même que les canons qui tenteront de le défendre des agressions à courte distance.



Hors de prix


Le porte-avion Britannique dispose d'une DCA limitée à des canons Phalanx CWIS à courte portée - apparemment inférieure à 6000 m - en plus, bien évidemment, d'un ensemble d'hélicoptères et d'avions.

Les 40 aéronefs embarqués seront soit des hélicoptères, soit une grosse douzaine de Lockheed-Martin F 35 B (celui de l'US Marine Corps).

Oui, vous savez, ces fameux JSF dont le constructeur fait toujours une publicité éhontée mais qui n'a, pour l'instant, rien démontré opérationnellement, presque 15 années après le premier vol du prototype (voir ce post) et qui ont été interdits de vol fin Juin 2014 pour cause d'incendie moteur en plein vol (toujours mal expliqué près de 100 jours plus tard) !

Cette interdiction de vol fut assortie d'une interdiction de taxiing sur les pistes d'aérodrome, ce qui est une première à ma connaissance et un indice d'une inquiétude réelle du motoriste, comme le fut aussi l'envoi d'une maquette grandeur nature du JSF... (voir cet article d'Aviation Week sur le sujet, ainsi que les commentaires qui y sont attachés).


Or, les F 35, de quelque version qu'il s'agisse, ne sont absolument pas capables de conquérir la suprématie aérienne sur qui que ce soit car ils ne possèdent aucune des qualités nécessaires pour y parvenir.

Pire encore, les lois de Lanchester, qui prédisent que le succès au combat va plus facilement vers les armées les plus nombreuses, montrent qu'avec 14 avions, les Britanniques ne risquent pas de dissuader grand monde.


En conséquence, il s'agit d'une sorte de gros Mistral, et absolument pas d'un instrument susceptible d'emporter une décision face à un adversaire de haut niveau.


Toute comparaison avec le Charles de Gaulle - capable, lui, d'imposer sa présence à distance - est donc impossible.

Le groupe aérien n'est pas plus abondant que celui du porte-avions Français, et il ne dispose même pas d'un Hawkeye pour visualiser l'environnement aérien lointain ou volant à basse altitude (pas de catapulte ni de piste oblique).

Donc, nous nous trouvons face à une puissante plateforme anti-sous-marine, un navire apte à envoyer des avions de bombardement à quelques centaines des kilomètres de lui.

Ce n'est pas un navire capable de lutter contre une puissance majeure, même si je suis sûr que les marins Britanniques, grâce à leur considérable expérience, multiplieront les astuces pour en faire un engin efficace.


Un tel engin pouvait impressionner encore dans les années 80, à la fin des guerres coloniales (Malouines).

Les Britanniques viennent d'acquérir un double Mistral pour le prix de 6 ou 7. 


Voilà une dépense ruineuse qui sera totalement inefficace. 

La Fleet Air Arm reste donc à son statut actuel de force d'appoint pour les USA, ce qui a commencé lorsque le Royaume Uni a abandonné l'avion TSR 2, vecteur de la RAF et non de la Royal Navy, pour sa force de dissuasion. 

Oui, Monsieur Morin, abandonner la dissuasion nucléaire indépendante est un tout.

Maintenant, au moment où Bercy continue de désarmer méthodiquement la France, on constate le démantèlement des puissances militaires en Europe est bien avancé ! 

Nos gouvernants, nos politiciens et nos syndicalistes n'ont aucune conscience de l'importance de notre Souveraineté Nationale.







10 commentaires:

  1. Je partage le cœur de votre argumentaire, quand on investit une si grande somme d’argent dans un projet, qu’il soit civil ou militaire on désire comprendre quelle est sa finalité. De cette finalité on en déduit les moyens humains et techniques. Quand la Grande Bretagne à dessiné la classe Invincible dans les années 70 la mission était claire sécuriser les voies maritimes atlantiques d’où devaient venir l’aide US contre une invasion Soviétique. Il n’y avait pas besoin d’un classe Nimitz pour cela.
    Aujourd’hui quel est les missions de ces navires qui plus lourds que le CdG n’en auront jamais les capacités ? Si on considère le Queen Elizabeth car il peut emporter 40 F35C comme un porte avions alors il faut rappeler que la finalité d’un porte avions est de pouvoir envoyer le plus d’avion possible, le plus loin possible, le lourd possible dans un temps le plus court possible et de les récupérer dans les mêmes conditions. Les réponses développées par les américains sont la catapulte et le pont oblique, attributs qui manquent au Queen Elizabeth. Selon les chiffres lus sur Internet le nombre de sortie serait un petit peu plus faible que sur le CdG mais cela ne donne pas la « masse » projetée et encore moins la « masse utile ».
    Alors on dirait que nos voisins on eu des ambitions mais n’en ont pas eu les moyens. Avouons qu’avec deux catapultes, un pont oblique et 40 F-35B (marine)+ 2 Hawkeye, l’ensemble aurait eu belle allure.
    Ceci dit même en l’état je récuse l’analogie avec le BPC je regarderai plutôt du coté du Japon avec l’Izumo.

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    1. Mon analogie avec le BPC Mistral est fondée sur le fait que l'article sur lequel je me suis fondé parlait de 12 à 14 avions F 35 B, dont je rappelle que la charge utile, le premier jour d'engagement, ne dépasse pas 1200 kg.

      Votre comparaison avec l'Izumo est pertinente, car il est pour l'instant, par ses décideurs, comme un gros BPC ;-)

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    2. « Votre comparaison avec l'Izumo est pertinente, car il est pour l'instant, par ses décideurs, comme un gros BPC ;-) »
      Vraiment pas du tout, il y a une différence complète de philosophie entre le BPC et le DDH Izumo ou le Queen Elizabeth. Et ce n’est pas une question de masse.
      Le BPC est un navire dont la mission est la projection de force aéroterrestre vers la terre d’où le complexe Hangar + Radier qui permet entre autre de « livrer » 13 chars Leclerc c'est-à-dire du lourd. Les plots Hélicoptères permettent l’utilisation d’hélicoptères de transport ou d’appui (voir action en Lybie). Il possède aussi un poste d’état major qui permet de gérer une opération vers la terre mais pas à la mer. On peut dire que tant que le BPC n’est pas en face des terres c’est un poids mort.
      Le DDH Izumo est apte à être un navire amiral d’une force à la mer. Ainsi il est capable de gérer sa flotte de protection et de plus il fourni une force anti sous marine-anti-navire très importante via ses hélicoptères. Sa mission est la supériorité maritime, disons le orienté contre la flotte sous marine chinoise qui monte en puissance. Sa capacité vers la terre existe mais de façon secondaire (400 hommes + 50 camions) toujours grâce à des hélicoptères, il ne possède pas de radier.
      Le Queen Elizabeth lui est vraiment un porte avion (castré mais quand même…), Il gère sa task force, et selon la manière dont il est gréé il peut fournir via des Merlin Mk2 ASW une supériorité maritime et /ou un appui (sinon une supériorité) aérien pour des mission à la terre avec le F-35.

      Il y a une sorte de mépris envers les BPC car on voit en priorité son pont qui parait riquiqui alors que ce navire a plein de possibilités.

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    3. Je vous remercie pour les précisions que vous apportez.

      Il est exact que les BPC sont présentés comme des navires anti-terre.

      Mais, sachant qu'un V 22 avait apponté sans problème (annoncé) sur un de nos Mistral pendant une manœuvre avec les USA, et me rappelant avec quelle rapidité les Britanniques avaient transformé des porte- conteneurs en porte-avions pendant la Guerre des Malouine, j'imagine qu'un BPC peut aussi porter des avions style Harrier.

      Par ailleurs, si les moyens de transmission existe pour commander des troupes au sol (ce qui ne doit pas être si simple vu la multiplicité des tâches à coordonner), je me demande pourquoi un état major naval serait mal à l'aise.

      Il est vrai que nos BPC sont très peu armés et qu'apparemment ils ne disposent pas de sonar.

      Mais j'avais cru que c'était une conséquence de nos faibles finances...

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  2. « Ce n'est pas un navire capable de lutter contre une puissance majeure, même si je suis sûr que les marins britanniques multiplieront les astuces pour en faire un engin efficace. »

    Je m’interroge sur cette assertion. En effet utiliser les termes « puissance majeure » implique que tout le monde à la même perception de cette puissance.
    Alors qu’est ce qu’une puissance majeure ? Les USA, La Chine, La Russie, La Turquie, L’Iran ?
    Cette puissance majeure est elle sur son bastion ? ou elle-même expéditionnaire ?
    Prenons l’exemple de la Chine, aujourd’hui seule l’US Navy en rassemblant plusieurs task forces pourrait mener une action dans le détroit de Formose contre la Chine. Et ceci avec de très grands risques. Par contre si l’action militaire est contre des installations chinoises dans les ïles Spratley par exemple ; une task force rassembler autour du CdG ou le Queen Elizabeth pourrait suffire. Car tout simplement ces iles sont éloignées des côtes chinoises et que de plus on pourrait peut être compter sur des appuis viet namiens, philippins ou malaysiens.
    Alors pour vous qu’entendez-vous par lutte contre une puissance majeur ?

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    1. Vu mon âge, une puissance majeure est une puissance disposant réellement d'une capacité nucléaire militaire.

      Donc, outre les 5 grands du conseil de sécurité, l'Inde, le Pakistan et Israël en font partie, mais ni la Turquie ni l'Iran. La Corée du Nord : probablement.


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    2. Ouh là si on part par là on peut se poser la question de ce quoi être un porte avion pour lutter contre une puissance nucléaire ? Pour ma part je resterai dans le domaine du conventionnel.
      Pour en revenir au Queen Elizabeth (Q E) il faut penser qu’il sera au centre d’une task force comme le CdG.
      On peut imaginer des scénarios :
      - Le scénario Malouine 2020 : Dans ce cas le Q E sera un apport très important et suffisant ce ne serait ce que parce que les Malouines sont assez éloignées de l’Argentine pour que ses potentiels maritimes et aériens ne soient pas optimum. Les F-35 surpassent tous ce que peut présenter l’Argentine même s’ils sont handicapés par une autonomie réduite par rapport à des Rafale ravitaillés par un Rafale nourrisse (très gros point fort de notre aéro navale) et assurent un appui efficace aux troupes d’assaut mais là aussi l’autonomie limité implique que la task force s’approche beaucoup plus des iles que le CdG. Quoiqu’il en soit une task force constituée du Queen Elizabeth de son escorte et de LPD serait capable de reprendre les Malouines.

      Au-delà de ce scénario je n’imagine pas que la Grande Bretagne intervienne seule.

      - Le scenario Guerre de Corée 2020 : La Corée du Nord envahie le Sud. La bataille sera inter alliées avec notamment une ou plusieurs task force américaine. Le Q-E est un apport valable, avec ses hélicoptères armés d’ANL il permettra la chasse à la marine nord coréenne. Ses F-35 appuieront les forces Sud coréenne et les Marines US. La supériorité aérienne serait plutôt prise en compte par l’US Navy et obtenu très vite sur toute la péninsule. Dans ce scénario on peut penser que les B-2 auront ouvert la chasse aux missiles nucléaires. Les forces aéro-navales ne seront pas seules, des B-52 partants du Japon interviendraient sur les concentrations de force. Ce scénario ne tient pas compte de la réponse de la Chine mais on peut supposer qu’elle ne réagira pas tant que des forces terrestres alliées de montent pas au dessus du 38eme parallèle. Le Queen Elizabeth est un apport appréciable et efficace mais absolument pas indispensable aux US. La Corée du Nord bien que puissance nucléaire n’est pas une puissance majeure.

      Essayons tout de même d’élaborer un scénario pour une puissance majeure régionale, j’ai choisi la Turquie. Cette dernière possède plus de 200 F-16C et 50 F-4 modernisés, rien que ces nombres montrent que pas plus le Queen Elizabeth que le Charles de Gaulle ne peuvent imaginer manœuvrer en face d’une telle puissance aérienne. A ce niveau seuls les USA avec 2 ou trois task forces peuvent espérer mettre à mal une puissance aérienne de ce niveau.
      Il faut raison garder, le porte avion est une arme versatile et puissante et en mettre en œuvre un ou deux est une marque de prestige mais en dehors des USA aucune marine qui en sont dotés (GB, France, Chine, Inde) ne peut espérer les utiliser en dehors d’une grosse coalition.

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    3. Vos 3 scénarios sont stimulants.

      L'Argentine a une aviation faite d'avions anciens. Je ne sais pas si ces avions ont subi des remises à niveau. Mais je doute que cela ait été très intense. Lorsque les forces aériennes ou aéronavales Argentines ont lancé la Guerre des Malouines, c'était leur baptême du feu, ce qui peut expliquer un grand nombre d'erreur (pas d'avions ni de DCA moderne sur place, par exemple).

      Mais le prix payé pour ces erreurs devrait dissuader le renouvellement de l'opération.

      Par contre un frittage (virtuel mais juste pour la discussion) avec les Brésiliens et leurs Gripen opposerait un avion dit furtif avec le double d'avions annoncés détectant ces avions furtifs et capables de porter une charge de missiles double. La suprématie Britannique ne peut reposer que sur la qualité et l'audace du commandement.

      Pour la Corée du Nord, j'ai idée que le système doit être assez proche qualitativement mais la quantité de fantassins doit être impressionnante.
      Il me semblerait indispensable aussi de se méfier de leurs petits sous-marins.

      Pour la Turquie, à qui je ne souhaite aucun mal, je ne crois pas que ses F4 fassent le poids, même opposés à des JSF. Celui qui a été abattu par les Syriens n'a pas pesé lourd.

      Reste les F 16 C, considérablement plus agiles que les JSF. J'ai du mal à voir le QE gagner face à eux. Mais un CDG, à sa place, pourrait agir de bien plus loin. Donc, il serait bien plus dangereux.


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    4. Le scénario de la Turquie a été choisi uniquement pour la taille de sa flotte aérienne, plus que très respectable. Je ne crois pas qu’il faille se contenter de comparer des avions car c’est bien plus compliqué que cela. D’une part le vecteur devient moins important que l’armement, des F-4 armés du popeye antinavire (70 km) sont des menaces terribles pour une flotte en mission. Il y avait dans votre article l’idée « que le nombre est une force en soit » et c’est vrai.
      Que le F-16 soit plus agile que le F-35 est à la limite sans importance, le Zero était plus agile que le Hellcat ce qui n’a pas empêché ces derniers de descendre les premiers. Dans le combat aérien il faut utiliser ses points forts et éviter de se voir imposer ses points faibles comme de se lancer dans un combat tournoyant avec un F-16. L’important c’est qu’avec 200 F-16C (même si pas utilisé en même temps) l’ennemi peut attaquer sur de multiples axes, se retirer sans porter le coup juste pour harasser l’ennemi et l’obliger à consommer son potentiel (les réserves de kérosène et missiles de missiles ne sont pas infinie sur un porte avion), d'autant que bien que vieux, le F-4 a les pattes longues et menace le flux logistique de la flotte et puis éventuellement descendre quelques F-35 fusse au prix de quelques F-16 ou F-4. Chaque F-35 touchés abaissant drastiquement la puissance de la flotte.
      Cependant tous ce que je dis peut être repris pour le Charles de Gaulle, contre un ennemi de ce format seule l’US Navy avec deux ou trois PAN pourrait s’imposer.
      Ce qui n'empêche pas que je ne comprends pas pourquoi les Britanniques se sont privés des catapultes et pont obliques à brins d'arrêt. Ils auraient ainsi pu accueillir des Hawkeye français (en prêt lors d'IPER) ou américains, des Rafales ou F-35C US. On aurait pu faire des échanges des flottilles etc ...? Quitte à ne pas fabriquer le second Price of Wales, je sais que je ne sais pas tout sur l'affaire mais on a raté une belle occasion il me semble.

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    5. Oui, la coopération Anglo-Française eut été payante... Mais ce fut bloqué sèchement, probablement par l'oncle Sam. Dommage, nous sommes d'accord.


      Juste un petit retour sur la guerre du Pacifique. Lorsque les Zéros furent confrontés aux Hellcat en 1943, ces derniers disposaient d'avantages systémiques dont ils n'auraient pas bénéficié début 1942 : Ils disposaient du nombre, d'un contrôle radar excellent et d'une intelligence de commandement remarquable. Par ailleurs, le Hellcat était plutôt manoeuvrant.

      Par contre, les Japonais avaient perdu nombre de leurs meilleurs pilotes à Midway, leur Amirauté avait refusé l'installation du moteur Kinsei qui aurait réduit la différence de performance entre les 2 chasseurs, et leurs amiraux ne brillaient pas du tout par leurs capacités tactiques, apparemment.


      Pour l'instant, le F 35 B est surclassé par le F16 C en vitesse, accélération, en plafond, en armement (rapport 2/3 pour les AMRAAM).

      Son seul avantage serait, ironiquement, qu'il pourrait voler plus loin...


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