samedi 4 août 2012

En 1940, les problèmes de commandement n'épargnèrent aucun des pays Alliés... (Révisé 08 / 04 / 2017)


Les problèmes de commandement en Mai-Juin 1940 : Loin d'être réservés aux seuls Français !


Comme tout le monde le sait depuis longtemps, le commandement Français s'était lancé, entre Septembre 1939 et Juin 1940, dans les plus extrêmes bizarreries, très bien soulignées, par exemple, dans les mémoires du Maréchal Montgomery.

Mais il va rien perdre pour attendre...


Pour être juste, je me dois d'ajouter que, jusqu'en Décembre 1941, le commandement Soviétique ne se montrera pas plus brillant, perdant une série de batailles gigantesques malgré l'abnégation incroyable des soldats Russes et de ceux issus des autres républiques soviétiques. 

Quant au commandement US, il subit une série de revers initiaux sur le front du Pacifique qui montraient un tel amateurisme que des complotistes Américains des années 40 accusèrent Roosevelt d'avoir placé, en toute connaissance de cause, les plus mauvais chefs à Pearl Harbor afin de pouvoir mener la guerre à sa façon, c'est à dire contre les nazis.

Soyez rassurés, dans ce domaine particulier, le commandement Britannique n'a, lors de la même période, démontré vraiment aucune supériorité sur le commandement Français.

Voyons un peu ce qu'il en était sur ce plan.




Au début de 1940, les généraux Britanniques s'étaient très vite ralliés au projet de Gamelin de détruire les raffineries de Bakou (Aéro-Journal n°9, 1999), actuellement en Azerbaïdjan mais, à l'époque, en URSS

C'était probablement par pure idéologie anticommuniste, voire par amour immodéré du pétrole. 

Cela ne leur conféraient pas plus de vision stratégique qu'à ce pauvre Gamelin 




Petit coup d’œil sur les dictateurs



Ces grands généraux Alliés ne connaissaient peut-être pas le texte véritable du projet de Hitler (Mein Kampf) pourtant largement distribué en Allemagne et dans lequel il indiquait clairement que son véritable but de guerre, après l'élimination de la France, consistait à coloniser tout l'Est de l'Europe. 

Seule circonstance atténuante, les militaires Allemands de haut vol ne semblent pas non plus y avoir cru... jusqu'à être arrivé au pied du "mur" soviétique.


Il est toujours dangereux de ne pas tenir compte des buts annoncés des dictateurs, parce que, à la différence des politiciens classiques qui veulent le pouvoir pour profiter de ses gros avantages, eux veulent, en plus, laisser une trace durable dans l'Histoire.

Il eut dû être clair, pour les généraux Allemands comme pour tout le monde, que l'affrontement entre le IIIème Reich et l'URSS était inévitable et qu'il serait sans merci. 

D'abord parce que le Lebensraum (espace vital) qu'Hitler promettait à ses électeurs était situé à l'Est de l'Europe, ensuite parce que lui, tout comme Staline, escomptait devenir un jour le seul maître du Monde.

Mais Hitler devait, auparavant, liquider la France pour la punir d'être ce qu'elle est. 



En conséquence, tous nos "très brillants" brevetés d'état-major - de même que nos si- brillants diplomates - auraient dû se souvenir qu'un puissant allié à l'Est de l'Allemagne nous était absolument indispensable simplement parce que une guerre menée deux côtés opposés d'un adversaire puissant est bien plus efficace qu'une guerre sur un seul front.



L'Allié polonais ?


Promue à ce titre, la Pologne était certes un Allié courageux, mais les chars Vickers qu'elle avait achetés aux Britanniques, comme les 130 (!) chars TP  qui en étaient issus, étaient archaïques.

Ils n'étaient ni assez armés - 37 mm - ni suffisamment blindés - 17 mm - et pas assez nombreux. {Dire que nous nous sommes plaints des 30 mm du blindage de l'ACG 2 qui, elle, était armée d'un excellent 47 mm !} 





Tankette 7 TP




Certes, l'état-major Polonais croyait dur comme fer à l'impénétrabilité de ses forêts.

En conséquence, il n'avait jamais (à l'image des état-majors Alliés de l'Ouest) testé ce que pouvait donner une véritable attaque par des divisions blindés. 

Il n'est pas moins critiquable que Gamelin qui croyait au caractère infranchissable des Ardennes. 


Dans les 2 cas, les expériences, mêmes si elles avaient été faites, n'avaient pas été interprétées.

{Parenthèse : On peut aussi noter que plus de 4 années après la percée de Sedan du 14 Mai 1940, lorsque Hitler rééditera le coup d'une attaque surprise par les Ardennes, avec von Rundstedt, malgré des conditions terriblement plus dures pour la Wehrmacht et l'expérience désastreuse des Français, les Américains seront surpris et au bord du désastre.

Ils sauveront le coup grâce à l'héroïsme des parachutistes de la 101ème division du général McAuliffe et à l'extraordinaire rapidité de la conversion effectuée par le génial Patton, si détesté par les journalistes de son propre pays.}


Cerise sur le gâteau, si j'ose le dire, le budget Polonais de l'aviation de combat, fixé à juste 2% du budget militaire (!), permettait à peine d'entretenir une centaine de chasseurs PZL 11 C - 370 km/h - complètement dépassés (et je ne compte pas les PZL 7 encore 40 km/h moins rapides, parce que leur valeur pour les missions de Chasse était nulle). 


A ce moment précis, Hitler pouvait placer environ 1 500 avions de chasse face à la Pologne. 

Chaque chasseur Polonais devait donc abattre 15 chasseurs Allemands qui étaient tous bien supérieurs aux leurs : Même si les pilotes Polonais se sont effectivement battus comme des lions, ils étaient enfermés dans le pire des huis clos.


Je me suis toujours demandé pourquoi les maîtres de l'Aviation Polonaise n'avaient pas acheté leur propre PZL 24, bien plus performant que le PZL 11 avec ses 425 km/h et que la Pologne exportait très facilement (Grèce, Roumanie, Turquie) !  Voir le détail de cette question sur ce post.



L'URSS de Staline


Le comportement de notre futur Allié Soviétique fut biaisé par Staline. 

Il agissait objectivement, en 1939, comme notre ennemi, puisque fournissant à Hitler hydrocarbures, métaux divers et denrées alimentaires indispensables.

L'URSS, incomparablement plus puissante que la Pologne, disposait d'environ 15 000 chars et de plus de 4 000 avions de chasse, la plupart bien plus évolués que les avions Polonais. 

Le plus rapide chasseur soviétique opérationnel était le Polikarpov I 16, et il atteignait, au moins, 440 km/h (il allait passer ensuite à 520 km/h).


Cet immense pays était donc bien plus dangereux pour Hitler, d'autant plus que son immense territoire permettait, le cas échéant, de retraiter longtemps sans perdre l'essentiel. 

Le 22 Juin 1941, les peuples réunis sous le joug Stalinien commencèrent à payer au prix du sang les erreurs d'appréciation du dictateur communiste.

Mais pour que la Wehrmacht arrive au cœur du dispositif soviétique, elle devait parcourir d'énormes étendues défendues avec acharnement.

Le temps passé à ce travail, plus quelques erreurs des décideurs Allemands, permirent à Staline de s'adapter après sa mauvaise entame des combats (comme cela avait été le cas en 1812 pour les armées Russes face à Napoléon). 


Ces mauvais débuts des opérations sont dus au fait que Staline, tout à sa paranoïa, avait éliminé physiquement son meilleur stratège (Mikhaïl N. Toukhatchevski) et 90 % des cadres dirigeants de l'Armée Rouge, soupçonnés de penser comme leur ancien chef militaire... 

Les nouveaux cadres de l'Armée Rouge n'avaient ni l'expérience ni la compétence pour combattre dans une guerre moderne. 

Ils avaient été promus pour leur docilité politique (tout un programme pour en faire des stratèges...). 

La pire erreur de Staline - chef de guerre - fut donc de signer le pacte Germano-Soviétique, fin Août 1939. 

Je ne mets pas en cause ici les autres dirigeants soviétiques dont la vie ne tenait qu'à un fil (sauf Molotov et Beria).



C'est donc bien Staline qui a déclenché la Seconde Guerre Mondiale, involontairement sans aucun doute

Au début, ses motivations devaient être complexes : Il voulait punir la France de son soutien à la Pologne au début des années 20 - où il ne s'était pas montré bon chef militaire - et il voulait, peut-être, éviter la guerre à son pays. 

Son manque de lucidité lui a cependant interdit de comprendre que la victoire éventuelle d'Hitler sur la France doperait la volonté guerrière de tout le IIIème Reich et lui permettrait d'agresser l'URSS avec des ressources bien supérieures.


Par chance pour nous, Staline a bénéficié de quelques mois pour comprendre ses multiples erreurs et tirer les premières bonnes leçons de ses nombreuses et sanglantes défaites subies pendant l'offensive Barbarossa - grâce en soit rendue à l'héroïsme intransigeant des combattants Russes. 

Mais le prix en sang Russe de cette politique de Staline fut monstrueuxIl serait donc complètement erroné de faire de ce dictateur un bon stratège. 




Les plans opérationnels Alliés


Toujours est-il que la France, la Grande Bretagne et la Pologne étaient bien seuls face au IIIème Reich.

Si on en revient à la guerre telle qu'elle s'est réellement passée en 1940, il faut rappeler que lmanœuvre Dyle-Breda conçue par le général Gamelin était demandée (voire exigée) à la fois par le Premier Ministre Britannique Chamberlain et par le Président du Conseil Français Daladier (voir dans GBM  n°75, Gamelin explique la montée en Belgique)

Cette manœuvre, du fait qu'elle visait à sécuriser Anvers, était destinée à rassurer les Britanniques.

Je ne comprendrai jamais l'obsession Anglaise sur ce port au moment où il s'agissait d'abord d'éviter d'être battu.

Par ailleurs, si Anvers était un pistolet braqué sur l'Angleterre, comment qualifier alors l'ensemble des côtes Françaises ?




Document de l'auteur - vue très simplifiée de la manœuvre Dyle-Breda - en rouge plein : les troupes Françaises et Britanniques au départ - en rouge pointillé gras : Les mêmes à l'arrivée (supposée)


Le plan Dyle-Breda pêchait par deux points essentiels (mais aussi par beaucoup d'autres, hélas) : 

  • Aucune préparation sérieuse n'en avait été faite ni avec les Pays-Bas ni avec la Belgique. Je veux dire que les contacts officieux entre les généraux en chefs ne servaient à rien si les officiers chargés d'effectuer les manœuvres ne les avaient  pas déjà fait expérimenter par leurs troupes (voir ce post).

  • La principale armée de réserve Française (VII ème Armée - Général Giraud) était lancée loin en avant des frontières, prenant un risque considérable d'encerclement tout en interdisant ensuite toute contre-offensive sérieuse, pendant qu'une grosse partie des autres armées (celle du Gal Prételat, par exemple) restait derrière la Ligne Maginot sans la moindre tentative de renforcement de la partie Nord Ouest de nos lignes.


Après la défaite de Juin 1940, les généraux Britanniques ont écrit ou dit qu'ils ne croyaient pas au plan Gamelin. 

Comme c'est facile !

Pourquoi alors ne s'y sont-ils pas opposés de toutes leurs forces, y compris en utilisant l'échelon politique (méthode qu'ils ont si largement utilisée contre Patton en 1944) ?

Avril 2017 :  J'ai écrit ce texte il y bientôt 5 ans. 

Mais, depuis, j'ai mangé de la soupe et je suis sûrement moins innocent : En fait, le plan Dyle-Bréda est, à l'évidence, un plan Anglais

Comme beaucoup de plans de Churchill (les Dardanelles), ce plan favorise une approche indirecte.

La preuve en est que l'opération Market Garden, après une entrée massive et parallèle des troupes Alliées en Belgique, tente une entrée aux Pays-Bas, simplement à 100 km plusau Nord-Est : Le but était, une fois de plus, de menacer les centres industriels de la Ruhr.




L'armée Britannique en opération... Bof !!!


Après la percée du Front Français et le déferlement des forces motorisées Allemandes, les troupes Britanniques, furent incapables de tenir leur front face aux Allemands.

Je ne mets aucunement en cause le courage ni les qualités des soldats Britanniques, mais, arrivés en France sans armes anti-chars, ils furent amenés à acheter des centaines de canons de 25 mm.

Leur DCA n'étaient pas brillante et l'entraînement n'était pas orienté vers la guerre de mouvement.


Après la guerre, on a largement monté en épingle la courageuse offensive tentée dans le secteur d'Arras par une brigade britannique de 76 chars appartenant à la 1st Armored Division contre la 7ème Panzer Division du Général Rommel.

Ce furent quelques dizaines de chars moyens rapides Cruiser, de chars lourds très mal armés Mathilda I et de bons chars lourds Mathilda II qui firent le travail en cette unique occasion.

La brigade Britannique dut se replier rapidement et fut alors sauvée d'un désastre par un bataillon Français de 40 chars Somua S 35 (que les écrits Anglo-Saxons oublient toujours de citer !). 

La grande majorité des chars de la 1st Armored division étaient des chars Vickers VI, parfaitement adaptés aux opérations de "maintien de l'ordre" dans un empire colonial (c'était alors de la guerre très asymétrique !). 

Ces chars n'étaient ni correctement blindés (14 mm maxi, donc vulnérables aux simples mitrailleuses de 12.7 mm), ni correctement armés (mitrailleuses de 12.7 mm, donc incapables de percer les cuirasses de 30 mm d'épaisseur des chars Allemands !).

De plus, ces chars étaient trop courts par rapport à leur largeur, du coup, leur suspension facilitait des mouvements de tangage brutaux qui interdisaient le tir en marche, même très lente.

Ils ne pouvaient pas être engagés contre la 7ème  Panzer Divizion de Rommel et ne le furent d'ailleurs pas.

Ces chars légers Britanniques, très rapides (56 km/h), furent pourtant employés un peu plus tard à Abbeville dans des manœuvres offensives très lentes (!) et donc trop prévisibles qui se terminèrent en carnage inutile. 

S'ils avaient été associés à ceux de la 4ème Division Cuirassée de De Gaulle à Abbeville, en passant derrière les B1 bis et les Somua, une brèche aurait pu, cependant, être réalisée dans le dispositif Allemand.


Au niveau du commandement des forces Britanniques, la défaite de Juin 1940 amena, heureusement, une auto-critique dont nous ne saurons probablement jamais rien, mais qui eut pour résultat une prise de conscience de toutes les insuffisances pouvant exister face à la suite des opérations. 

Heureusement pour nous... mais bien tard quand même.



Pour leur part, depuis 1938, les Français étaient dans une de leurs phases de ce qui ressemblait furieusement à une foi aveugle dans le Père Noël. 

En conséquence, ils attendaient beaucoup trop des forces Britanniques dont les effectifs terrestres - 12 divisions en tout - étaient moitié moins moindres que ceux des forces belges avec leurs 22 divisions ! 

Le Royaume Uni n'avait pas de conscription, il ne disposait donc que d'une petite armée professionnelle dont l'essentiel était dispersé dans son Empire colonial. 


Pour l'Aviation, le commandement Français avait demandé que la RAF envoie 10 squadrons de Hurricane (~160 avions), ce qui avait bien été promis par le gouvernement Britannique.  

Cela paraît maintenant très raisonnable, puisque que nous savons que la RAF possédait, au 1er Septembre 1939, 500 Hurricane dans leurs formations plus 9 squadrons de Spitfire (entre 150 et 200 avions).


Les premières escadrilles de Chasse Britanniques affectées au front Français n'étaient pourtant équipées que de minables biplans Gloster Gladiator (400 km/h avec le vent dans le dos) qui s'éclipsèrent relativement tôt pour être remplacés par des Hurricane Mk I, dont les 4 premières escadrilles n'arrivèrent qu'au compte-goutte.

Ce retard dans l'application des accords s'expliquait par les protestations véhémentes de l'Air Chief Marshall Dowding qui, en outre, refusait de se séparer de ses Spitfire, dont la chaîne avait démarré si tard et qui étaient si longs à construire (17 000 h de travail par appareil contre 10 500 h pour un Hurricane, source Wikipedia). 

Il était donc plus que difficile d'aider les Polonais dans un tel contexte !




Pourquoi ce jeu Britannique ?


Il serait passionnant que les historiens, si un jour ils ont la chance d'obtenir la totalité des pièces ayant existé sur le sujet (du moins, si elles n'ont pas été détruites...), de trouver le vrai but de guerre de la Grande Bretagne lorsque, la première, elle a déclaré la guerre à l'Allemagne de Hitler.

Elle n'a rien fait, à ce moment-là, pour qu'un front occidental permette de soulager l'armée Polonaise, elle n'a pas davantage pris ses responsabilités dans la défense aérienne du Front Français.

Il n'y avait, à ce moment précis, et d'après les témoins Allemands, qu'un mince rideau de troupes Germaniques face aux troupes Alliés, donc, au minimum, une occasion rêvée d'empêcher Hitler d'asservir la Pologne. 

Une réaction Alliée forte et conjointe avait beaucoup de chance d'empêcher Staline d'annexer une bonne partie de la Pologne, avant d'attaquer la Finlande.


La Grande Bretagne a ensuite conforté le commandement Français dans des chimères totalement irréalistes (plans d'actions sur Bakou puis sur la Norvège). 

Aucun général Britannique n'a su s'opposer à ce que la principale armée Française de réserve s'enfonce dans le dédale du delta du Rhin.

A moins que ce soit Gamelin qui n'a pas su s'opposer au plan Dyle-Breda...

Que l'on ne vienne surtout pas me dire que l'autorité de Gamelin ou celle de Daladier les avaient cloués sur place : Les mêmes dirigeants Britanniques avaient très aisément imposé aux mêmes dirigeants Français la signature des accords de Munich.


Si Churchill a parfaitement réussi à récupérer l'essentiel de ses soldats à Dunkerque, c'est grâce au sacrifice ultime de 11 000 parmi les meilleurs de nos soldats et à l'héroïsme des marins Alliés, y compris civils.


Alors, oui, il est vrai que des soldats Britanniques ont fait ce qu'ils ont pu jusqu'à Dunkerque (et un petit nombre, même, après).

Mais, eux, je ne les ai jamais critiqué. 


Par contre, je récuse le petit jeu ignoble des médias Britanniques, de 1940 à nos jours, qui ont sali les soldats Français pour magnifier les leurs. 

Mais, comme dans tous les pays, les médias, en temps de guerre, sont la voix des gouvernements.


Mes questions sont donc centrées exclusivement sur les dirigeants politiques et militaires. 

Ils n'ont jamais donné la moindre explication de toutes les anomalies que je viens de souligner.


Les dirigeants des deux pays neutres (Belgique et Hollande) étaient, eux aussi, bien médiocres.

Ils n'avaient rien compris du nazisme, mais ils croyaient à la neutralité, un concept qui n'existera jamais lorsqu'un pays est facile à envahir (et qui convient donc à la seule Confédération Helvétique).









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Le Hurricane, premier chasseur Britannique efficace sur le front français (Révisé 08 / 02 / 2017)

Le principal acteur aérien Britannique

(You may prefer to read that post in English? click here)



Le premier chasseur Britannique envoyé en France en Septembre 1940 fut le biplan Gloster Gladiator, "filant" à 400 km/h à 4 350 m et montant à 4 500 m en 6 minutes.

Cela n'était vraiment pas très sérieux, vu qu'il était à peine capable d'escorter les bombardiers Fairey Battle.

Après une pleine semaine d'attente, le premier groupe de Hurricane arriva en France suivi assez vite de 3 autres groupes, puis, enfin de 2 autres.

De ce fait, le Hurricane a été l'acteur principal de la chasse Britannique jusqu'à l'automne de 1940. 



Le prototype K. 5083


Les performances réelles des Hurricane Mk I de la Bataille de France sont difficile à cerner.

Il en va de même, d'ailleurs, pour tous les avions Britanniques et Allemands, pour la bonne raison que leur évolution a continué bien après Juin 1940, ce qui ne fut évidement pas le cas, hélas, pour les avions Français. 

Cependant, pour comprendre le déroulement de la Campagne de France, il faut se baser sur des données correspondant à l'époque des combats.

Pour fixer les idées, en 1936, le Messerschmitt 109 V1 atteignait 472 km/h, le Curtiss P 36 culminait à 460 km/h, le Morane 406 atteignait juste 435 km/h et le Polikarpov I 16 volait à 420 km/h.

Sydney Camm, concepteur du Hurricane, avait tiré un monoplan à aile basse de son biplan Hawker Fury, en en conservant la structure entoilée en poutre de tubes d'acier étirés et la forme général du fuselage.

Ceci était parfait pour un usage colonial car les réparations avec des moyens de fortune étaient faciles (et, surtout, les combats étaient asymétriques, ce qui changea avec l'entrée en guerre fulgurante du Japon).

En vol, l'avion se comportait bien et tournait très serré, même si son taux de roulis était très moyen.

Le radiateur d'eau initial n'était pas sans rappeler celui du Morane-Saulnier 405 de 1935, mais il fut changé avant les essais officiels pour un radiateur plus sophistiqué et plus efficace.

Les performances initiales du prototype K.5083 parurent donc très brillantes eu égard à la date du rapport (Avril 1936). 

Elles furent mesurées pour un poids au décollage de 2 573 kg, avec un moteur Rolls-Royce Merlin C de 1 029 Cv à 3 400 m. 

La voilure totalisait à peine 24 m² de surface, lui conférant une charge alaire de 108 kg / m².

Les vitesses de pointe en vol horizontal étaient de : 
  • 407 km/h au niveau de la mer, 
  • 507 km/h à 4 500 m d'altitude, 
  • 454 à 9 000 m.

L'avion montait à :
  • 4 000 m en un peu moins de 5 minutes 
  • 8 000 m en 13' 30". 
Aucun armement n'était en place (ces performances étaient donc destinées à décroître fortement).

Cependant, aucun avion étranger du début de 1936 n'atteignait de telles performances.





Hurricane I de série - Le fuselage est entoilé, l'hélice bipale est à pas fixe mais il y a l'échappement propulsif et le piège à couche limite du radiateur d'eau. L'épaississement visible de l'arrière fuselage inférieur rendait les vrilles inoffensives


Le combattant


Il est piquant de constater que l'hebdomadaire Français Les Ailes du 16 Juin 1938 donnait les indications de performances suivantes  :
  • Vitesse de pointe :                   545 km/h à 5 000 m    (exagération de 35 km/h !),
  • Vitesse de croisière max :       485 km/h à 5 000 m,    (exagération de 30 km/h),
  • Vitesse minimum :                   109 km/h,
  • montée à 3 000 m :                     4 minutes,                 (au mieux : 4' 40"),
  • montée à 4 500 m :                     6 minutes,                 (au mieux : 6' 40")
  • plafond pratique :                 12 000 m,                         (exagération : 20 %),
  • Autonomie à 325 km/h :       1 300 km.                         (au mieux   : 850 km),
Ces performances étaient totalement erronées !!!


Nos journalistes les plus avertis avaient confiance dans les informations fournies par leurs sources Britanniques. 

Ils avaient tort !

Mais, à cette période, l'avion Anglais était encore intégralement entoilé et disposait, sur les exemplaires mis en formation, seulement d'une hélice bipale à pas fixe.

Dans la revue Britannique Flight, en 1939, il fut encore annoncé comme atteignant 535 km/h. 


Quelle persistance dans l'optimisme, même si "on" avait perdu 10 km/h par rapport à ce que notre presse était amenée à publier !


Une bonne partie des Hurricane de la Bataille de France avaient été très modifiés par rapport au prototype

Cet avion avait reçu un blindage et avait abandonné la structure entoilée de ses ailes au profit d'une structure métallique, ce qui lui apportait un gain - très substantiel - de 130 km/h en piqué. 

La gouverne de direction avait été agrandie vers le bas pour faciliter les sorties de vrilles.

Par ailleurs, son armement de 8 mitrailleuses, chacune alimentée à 500 coups (200 coups de plus que chacune des arme du Spitfire Mk I), était en place et il disposait d'une nouvelle hélice à 2 pas. 


Il était enfin devenu un véritable avion de combat.

En réalité,  en 1938,  la vitesse de pointe d'un Hurricane bien peaufiné touchait tout juste les 510 km/h à 5 300 m, une vitesse encore acceptable, quand même, en 1940. 

Ceux qui ont lu mes posts sur divers chasseurs Français peuvent constater que l'augmentation de vitesse n'était pas à la hauteur de ce que l'on aurait pu attendre : 

Vu que cette version obtenait sa meilleure vitesse 800 m plus haut que le prototype, il aurait dû, logiquement, récupérer environ 15 km/h et donc dépasser sans problème les 520 km/h. 



Vitesse escensionnelle


Le site sur les performances des chasseurs Britanniques, Américains et Allemands, bien qu'excellent, donne les temps de montée du prototype à hélice en bois à pas fixe puis ceux du Hurricane de la Bataille d'Angleterre, alimenté à l'essence à 100 d'octane et disposant de l'hélice Rotol à vitesse constante.

Il ne fournit pas la vitesse ascensionnelle de l'avion de la Bataille de France, qu'il faut chercher chez W. Green. 

Celui-ci nous dit que les 4 500 m étaient atteints en 6' 30" (11.5 m/s) et les 6 000 m en 9' 50". 

Les 3'20" nécessaires pour passer ces derniers 1 500 m (soit 7.5 m/s) rendent impossible d'imaginer que le Hurricane ait pu atteindre 8 000 m en moins de 15 minutes. 

{raisonnement : Si on conservait ces 7.5 m/s de taux de montée, le passage de 6 000 m à 8 000 m prendrait 4' 26", soit au total 14' 16". 

Mais il s'agissait d'une moyenne et le taux des 500 derniers mètres en était déjà éloigné. 

La vitesse ascensionnelle, qui avait perdu 4.5 m/s entre 4 500 m à  6 000 m, devait perdre encore bien plus pour les 2 000 derniers mètres. 

Si le prototype K 5083 montait de 4 500 à  6 000 m en 2' 40" - au taux de 9.4 m/s - il montait de 6 000 à 8 000 m 3' 41" - au taux de 6.8 m/s - soit une baisse de 38%.}

 

En effet, le Spitfire Mk I, bien plus fin et également équipé d'une hélice à deux pas, mettait à peine moins de 6 minutes pour cette montée. 

On peut donc raisonnablement évaluer le temps de montée à 8 000 m du Hurricane Mk I de la Bataille de France à environ 16 minutes.


On doit pouvoir associer cette perte de performance, comme l'amélioration plus faible que prévue de la vitesse, à l'augmentation de sa masse au décollage de 314 kg comme à la détérioration de la finesse provoquée par la présence des 8 mitrailleuses, quoi qu'il en soit dit dans les rapports officiels.

Ces performances étaient correctes, meilleures à basse altitude que celles des Curtiss H75 et incomparablement meilleures que celles de notre Morane-Saulnier 406 national.

Le Hurricane tournait plus serré que la majorité des avions de chasse Alliés et même que le Spitfire Mk I, malgré une charge alaire passée à 120 kg/m²

Il se posait à moins de 100 km/h, volets sortis, et son large train rendait cette manœuvre très facile.



Un avis de pilote


Le seul avis que je retiendrai à son sujet est celui qui ressort de la lecture des Carnets de René Mouchotte, parce qu'il est le seul véritablement impartial. 

Au moment où il commençait à le piloter, il en était très élogieux et il insistait beaucoup sur sa vitesse qui l'impressionnait terriblement. 

Il avait beaucoup piloté le Morane 406, au point de faire de la voltige à très basse altitude, mais, désormais, il n'en parlait plus, le Hurricane étant bien supérieur. 

Face au Messerschmitt 109, il insistait bien sur la supériorité du chasseur Britannique dans le domaine de la maniabilité horizontale.


Quand, enfin, il se confronte vraiment à la Luftwaffe avec le squadron Churchill, il apparaît bien déçu par sa monture : Il en critique la vitesse horizontale (les bombardiers sont difficiles à rattraper) mais surtout la vitesse ascensionnelle, si faible que les Messerschmitt pouvaient abattre ses camarades impunément... 

Son avis redevient positif lorsque, en 1941, son squadron est équipé de Hurricane II, beaucoup plus rapides, mais cela est une autre histoire.



En action : Un assez bon bilan


Quant à l'efficacité réelle du Hurricane I contre la Luftwaffe, elle n'est pas facile à déterminer de manière précise, en particulier pendant la Bataille de France à laquelle ils ont participé pendant une petite dizaine de jours sur notre territoire avant de combattre sur le sol Anglais pour protéger le repli Britannique. 

Certaines affirmations, même récentes, sur le nombre de leurs victoires en France
face à la Luftwaffe ne cadrent pas avec le nombre des pertes qu'ils ont subies, pas plus qu'avec les souvenirs d'Adolf Galland qui ne semble avoir jamais éprouvé la moindre difficulté face aux Hurricane.

Après Dunkerque, l'essentiel de ces avions n'interviennent plus dans la bataille.



Mais nous disposons des données de la Bataille d'Angleterre.

Le nombre total d'avions Allemands abattus alors (donné par la Luftwaffe) est de 1 887 et il est quasi identique à ce que publie le site de la RAF

D'après la RAF, le Hurricane a été à l'origine de 55% des victoires. 

Notons qu'il est aussi le plus abondant des chasseurs Britanniques (d'après certaines données, 65% des monoplaces de la RAF).

On évoque moins la structure des pertes en fonction des chasseurs. 

Dans le bilan total, les pertes de Hurricane représentent 61% des pertes en monoplaces de chasse Britanniques et les pertes en pilotes tués montent encore de 1%. 

L'interprétation peut varier en fonction de la proportion des avions envoyés au combat (on trouve, par exemple, que le 17 Août 1940, il y avait 675 Hurricane (64%) et 378 Spitfire (36%), sur un total de 1 053 chasseurs). 


Si le Hurricane était clairement moins efficace que le Spitfire, il faut reconnaître que les bombardiers pouvaient représenter un piège complexe : Solides, défendus par des mitrailleurs très bien formés, ils bloquaient l'attention de leurs assaillants, facilitant ainsi le succès de leurs chasseurs de défense.

Toujours est-il que le nombre de Hurricane abattus (538) pendant les 100 jours de la Bataille d'Angleterre est inférieur aux 1 038 adversaires mis au tapis (dont, en théorie, une part significative des 852 chasseurs Allemands (en incluant les Bf 110). 

Ce nombre de Hurricane abattus pour chaque décade pendant la Bataille d'Angleterre (54est aussi très inférieur aux pertes subies pendant les 14 jours où ils ont participé pleinement à la Bataille de France (386 avions, soit 270 par décade !).

Mais, dans le cas de la Bataille d'Angleterre, il faut évidemment aussi tenir compte de l'importante action des Spitfire, de la DCA et, en particulier, des pannes d'essence)

De toute façon, ce bilan n'a rien à voir avec celui du Morane 406 en France.

Son bilan eut été encore meilleur si on avait suivi les demandes de Sydney Camm, son créateur, pour monter 2 canons de 20 mm dans ses ailes, car il fut démontré, hélas trop tard, que ce montage marchait remarquablement bien.

L'efficacité des Hurricane pendant la Bataille d'Angleterre ne peut en aucun cas être dissociée de leur rôle dans la Campagne de France. 

Les pilotes de Hurricane y avaient parfaitement appris les tactiques de la Jagdwaffe, les performances de ses chasseurs et les structures des formations de bombardement Allemandes.

Leur infériorité de performances en fut largement compensée.



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