vendredi 17 mai 2013

Portail de navigation sur mon blog


Ce blog est essentiellement un site thématique plutôt qu'un série de réflexions qui suivraient une chronologie.

Pour faciliter votre consultation, voici les principales portes d'entrées vers les divers thèmes traités.



|---------- La Guerre de 1914-1918 vue par un poilu inhabituel
|
|----------- La mauvaise politique des années de l'Entre Deux Guerres en France
|
|------------- Termes et techniques aéronautiques pour aider à comprendre de quoi je parle
|
|--------------- L'échec programmé de l'Aviation Alliée en 1940 : Une défaite, ça s'analyse
|
|----------------- L'Aviation de l'Axe en 1940 : Elles avaient gagné, elles ont perdu
|
|-------------------  
|
|-------------------- l'Aviation du présent (ou du passé très récent) et où que ce soit
|
|---------------------- Hommages et souvenirs  

jeudi 16 mai 2013

Le bombardier de l'Oural : L'assurance ne coûte cher qu'avant l'accident !

La guerre doit être préparée


Hitler avait très clairement écrit que son principal but politique était la conquête des territoires slaves - donc essentiellement Russes - pour assurer un espace vital suffisant aux Allemands.

Partant de cela, son entourage militaire aurait dû constater - parce que Napoléon avait tenté le coup 129 ans plus tôt - que le matériel dont disposait son Armée n'y était pas adapté : Les fantassins de disposaient pas d'habits taillés pour l'hiver, les chars de type III et IV avaient des chenilles étroites qui ne permettaient pas de passer les épisodes boueux du dégel post hivernal et les avions étaient à la fois bien trop fragiles à la poussière et au froid.

Pire encore, sur le plan du raisonnement, Hitler s'est embarqué dans une expédition sur de grands espaces sans disposer d'avions de bombardement à grands rayon d'action.

Pourtant, Walter Wever, son premier chef d'Etat-Major de la Luftwaffe, intronisé dès sa prise de pouvoir, avait parfaitement anticipé la chose. 

Il avait défini la notion d'un Ural Bomber, permettant de passer l'Oural et de détruire les centres industriels qui se seraient, éventuellement, cachés derrière.

Deux bombardiers furent lancés chez 2 constructeurs différents et aucun des deux, si on les compare à ce qui se faisait ailleurs dans le genre, n'était ridicule. 


Le Dornier 19  


Le Dornier effectua son premier vol fin octobre 1936, avec 6 mois d'avance sur son concurrent.

C'était un grand quadrimoteur pour l'époque (25 m de long et 35 m d'envergure) dont l'équipage comptait 9 hommes. 

Ayant une masse à vide un peu inférieure à 12 tonnes, il disposait de 3500 l de carburant et de 1600 kg de bombes livrables à 1600 km. 


Dornier 19 en vol sur ce site

Equipé de 4 moteurs en étoile Bramo de 715 Cv chacun, il était donc nettement sous-motorisé par rapport à toute la concurrence. 

(NB : Ce serait un contre-sens total de le comparer au Bloch 135 de puissance très comparable mais très rapide - 500 km/h - parce que le bombardier Français s'inscrivait dans la catégorie des B4 et n'affichait aucune velléité stratégique.)

Malgré cette puissance insuffisance, une vitesse de 315 km/h fut mesurée au niveau de la mer (source : Wikipedia en langue Allemande). 

Cela signifie que la vitesse en altitude devait passer les 360 km/h.


Un calcul simple montre d'ailleurs qu'en montant les DB 600 du Junkers sur le Dornier 19 lui aurait permis d'augmenter la charge transportée comme de faire passer la vitesse au sol à près de 360 km/h et la vitesse en altitude à plus de 400 km/h.


le Junkers 89




Le Junkers 89, de dimensions très légèrement supérieures, obtenait une vitesse de pointe de l'ordre de 380 km/h en altitude avec des moteurs Daimler-Benz DB 600 de 910 Cv.


Junkers 89 sur ce site - les ailerons / volets (Doppelflügel) sont bien visibles 

Il est possible que son système hypersustentateur lui ait permis des envols plus courts à pleine charge.


Comparaison et épilogue


Comme son concurrent, ce bombardier était un premier jet. 

Tous les deux étaient  proches du Whitley Britannique contemporains mais avec de meilleurs perspectives d'évolutions.

Il faut noter qu'ils étaient tous les deux un peu moins performants que les Farman 2233, en vitesse comme au niveau de la charge de bombes susceptible d'être transportée (1.6 tonne contre 4.2 tonnes).



Le général Walter Wever disparut dans le crash d'un Heinkel 70 au début de Juin 1936. 

Il semble qu'il ait pensé qu'une campagne contre la France était moins utile à l'Allemagne que celle contre la Russie.

Göring, Milch et Udet pensaient tous les trois que la précision de bombardement permettait tout. Ils avaient privilégié la guerre contre la France - sans aucun doute poussés par Hitler - et les armes qu'ils avaient choisies furent efficaces dans ce but.


Par contre, à partir de Juillet 1940, ils se sont heurtés à la dure réalité de la stratégie. Leur choix avait été celui qui donnait les résultats les plus rapides, mais les moins efficaces... 

La Luftwaffe fut incapable de paralyser les ports de la Grande Bretagne.

Ensuite, elle fut incapable de détruire les usines d'armement soviétiques qui avaient, elles aussi, fait retraite.


Quand la notion d'Amerika Bomber apparut, il était trop tard et les rêveries des décideurs interdirent la réalisation des avions possibles.


Contrairement à ce qu'écrivaient MM Robert Forsyth et Eddie J. Creek, l'Allemagne pouvait entretenir une flotte de bombardiers stratégiques, ne serait-ce que parce qu'au début de la guerre, elle était le premier producteur mondial d'aluminium (secondée par la France).








samedi 11 mai 2013

Le Junkers 88, avion chéri des nazis

rappel sur le réarmement aérien allemand


Après la décision de l'Allemagne de se réarmer et de créer sa fameuse Luftwaffe, Göring chargea Ehrard Milch de construire le programme de construction de son aviation militaire.

Le chef d'Etat-Major de la Luftwaffe, le général Walter Wever, nommé en 1933, donna des orientations tactiques et stratégiques remarquables qui eurent des conséquences immédiates sur les modèles d'avions choisis.

Cependant, Wever mourut lors d'un accident aérien en 1936, ce qui entraîna d'importantes conséquences pour la Luftwaffe.

Le général Albert Kesselring, venu de la Wehrmacht, le remplaça. Ce dernier travailla énormément pour être un véritable aviateur et il est juste de reconnaître qu'il y réussit pleinement.

Toutefois, Milch et Udet avaient déjà pris une grande importance dans la définition technique de l'arme aérienne et en avait profité pour abandonner le Dornier 19 et le Junkers 89, deux avions qui concouraient pour le fameux Uralbomber (bombardement au delà de l'Oural).


Le premier bombardier de Junkers à avoir servi dans la Luftwaffe était le trimoteur Junkers 52 (oui, la fameuse tante Ju en tôle ondulée dont les commentateurs de meetings aériens gomment allègrement, de nos jours, le rôle sanglant dans le non moins fameux bombardement de Guernica pendant la Guerre d'Espagne). 

L'avion n'y était certes pour rien, mais ses équipages si.

Adolphe Galland évoqua, à ce sujet, une regrettable erreur, avançant que la mission consistait à faire sauter un pont. Mais dans ce cas, pourquoi tant de bombes incendiaires ?...

(En réalité, c'était un parfait entraînement pour les futurs bombardements de terreur systématiquement employés en suite à Rotterdam, en France, à Coventry puis ailleurs.)


En fait, le succès de bombardiers plus modernes (Dornier 17 et Heinkel 111) n'était pas favorable à la firme Junkers puisque son Ju 86 n'était pas franchement une réussite (avion lent - 325 km/h - peu stable et de fiabilité douteuse). 

La survie de l'entreprise, qui ne vivait plus que du Ju 87 Stuka et des avions de transports Ju 52 commandés en petites quantités, était en jeu.

Le bombardier rapide, apte à larguer les chasseurs ?


Cela fut résolu de deux manières : 

  • Le plus urgent fut de reconstruire complètement le Ju 86 pour en faire un avion espion volant nettement au dessus de 10000 m, 
  • l'autre méthode consista à étudier un Schnell Bomber (bombardier rapide), le Ju 88, suivant la théorie de l'ingénieur militaire Français Camille Rougeron (bien oublié chez nous, mais cité clairement dans le seul Wikipedia en langue Allemande - ! -).

Pour ce dernier avion, l'étude initiale fut rapide : L'équipe s'inspira largement du Dornier 17 dont les performances et les qualités de vol exceptionnelles tranchaient largement avec tous les autres bimoteurs en service de par le Monde. 

En plus, la firme appartenait, peut être en raison de son nom même (qui signifiait noble en Prusse), aux rares privilégiés - avec Heinkel - qui avaient le droit, eux, d'utiliser les moteurs Daimler-Benz DB 600 puis DB 601. 

Ces moteurs, de 12 cylindres en ligne inversés (le vilebrequin étant en haut et les cylindres en bas en vol horizontal) et à refroidissement par eau, étaient les moteurs les plus puissants en Allemagne. 
En plus de cela, ces moteurs avaient un maître-couple très inférieur à celui des moteurs en étoile disponibles et permettait un profilage plus efficace, tout ceci devant être assimilé à un gain de puissance en vol très important.

Cependant, l'équipe de Junkers n'avait pas la qualité de celle de Claudius Dornier. 

Non seulement le positionnement des radiateurs d'eau, en augmentant le maître couple des moteurs, mangeait de la puissance, mais les radiateurs annulaires choisis, brutalement cylindriques, augmentaient encore la traînée. Il faudra attendre le Focke-Wulf D9, en 1944, pour que ces radiateurs retrouvent une traînée acceptable.

Pire encore, l'enthousiasme de Udet pour le bombardement en piqué - technique qui assurait une précision décamétrique des impacts - l'avait amené à exiger que le Ju 88 soit apte à cet exercice. Du coup, l'avion dut être renforcé et recevoir des freins de piqué.

Le premier prototype V1 vola en Décembre 1936 (Versucht = essai, à ne pas confondre avec les engins V1 et V2 de 1944 dont le V est celui du mot Vergeltung = représailles). 

Il se montra très rapide, mais seulement à vide, ce qui n'était déjà pas la coutume dans les essais sérieux. 

A pleine charge (avec plus de 1500 kg de bombes), sa vitesse de pointe ne dépassait pourtant pas 450 km/h. Comme bombardier rapide, on pouvait faire bien mieux !

Ju 88 - Sur Wikipedia en Français. La photo a été retouchée au niveau de la verrière du pilote.


On retravailla le carénage des moteurs - des Jumo 211 de 1175 Cv - ce qui permit d'atteindre 470 km/h à 5500 m - sans bombes - avec les avions de la série A1. 


Mise en série


Cette version souffrit d'une industrialisation balbutiante, ce qui est stupéfiant dans l'Allemagne Hitlérienne. Les premiers exemplaires ne firent leur apparition qu'en début Septembre 1939 !

De plus, de nombreux problèmes durent être réglés. Par exemple, les trains d'atterrissages causèrent beaucoup de problèmes, ce qui était d'autant plus ennuyeux que l'avion se posait .

Plus d'une centaine de Ju 88 participèrent à la Campagne de France où ils réussirent à démontrer l'efficacité de leurs attaques en piqué lourdes (notamment en coulant le paquebot Lancastria, près de Saint Nazaire, causant la mort de 5800 personnes). 

Cependant, leurs pertes furent lourdes et les équipages se montrèrent peu enthousiastes à propos de leur monture (certains auraient même demandé à être affectés à des escadres de He 111). 

Une analyse des doléances aboutit à élargir l'envergure des ailes de plus de 2 m, ce qui améliora le comportement global de l'avion sans perdre de vitesse. On augmenta la défense contre la chasse (ce qui fit passer l'équipage, de 4 hommes initialement, à 5).

Peu à peu, les pilotes furent mieux préparés à leur avion et celui-ci avait lui-même progressé.

Cependant, les pertes pendant la Bataille d'Angleterre furent encore considérables (303 avions abattus et 128 endommagés -  source : aircrafts strength and losses)

Mais la guerre ne s'arrêta pas le 15 octobre 1940. 

La suite des événements démontra que le  Junkers 88 était devenu un excellent avion que certains pilotes alliés préférèrent même à l'excellent De Haviland Mosquito.


Quelques réflexions et comparaisons



Il y avait de nombreux points communs entre l'histoire du Junkers 88 et notre Lioré et Olivier 451. 

  • Tous deux étaient issus de la théorie du bombardier rapide, mais aucun des deux ne correspondit réellement à ce concept parce que la marge de progression des chasseurs avait été terriblement sous-évaluée
    •  Le Junkers 88 de 1940 était :
      • 90 km/h plus lent que le Spitfire Mk I, 
      • 70 km/h plus lent que le Dewoitine 520 
      • 40 km/h plus lent que le Bloch 152. 
    • En Juin 1940, il était même plus lent  que le LéO 451 d'environ 20 km/h
    • Il était une proie normale pour les Bloch 152 
    • les quelques victoires obtenues par des Morane 406 encore plus lents illustrèrent parfaitement qu'un chasseur lent peut compenser ce défaut face à un bombardier par son agilité sur le plan vertical.


  • Le Junkers 88 et le LéO 451 furent tous deux construits trop lourds à cause de l'intervention d'un pilote de chasse devenu décideur très haut placé (Udet en Allemagne, Jacques Lecarme en France).


  • Tous deux étaient très manœuvrants en vol. Seul le Junkers eut l'occasion de jouer un rôle de chasseur lourd.


  • Tous deux demandaient un entraînement considérable de leurs pilotes.


Leurs histoires divergent néanmoins sur quelques points : 

  • Tous deux devaient porter une double dérive. Mais, le Ju 85 - version initiale bidérive du Ju 88 - s'était révélé très médiocre. L'Etat-Major Allemand, bien plus pragmatique et intelligent que le notre, préféra garder la version la plus efficace, monodérive, pour que l'avion sorte vite (il eut été intéressant que le CEMA comprenne cette leçon par rapport à l'Amiot 351/354).
  • La défaite Française, bien trop précoce, a interdit la véritable mise au point du LéO 451.
  • Les Allemands, comme les Britanniques, favorisèrent l'emploi de moteurs puissants en ligne. La Société National de Construction de Moteurs (SNCM, ex-Société des moteurs Lorraine) avait homologué un moteur de la classe du Jumo 211. On ne l'a même pas essayé sur cet avion emblématique des nationalisations... Je suis persuadé que ce fut une erreur monumentale.


De ces réflexions, on peut se dire que les décideurs de l'époque auraient dû avoir des idées moins précises et surtout moins arrêtées. 

Ils auraient également eu avantage à moins favoriser une société chouchou, en laissant les pilotes opérationnels choisir. 

Le temps passé par les Allemands à faire de ce Ju 88 un très bon avion - ce qui est indiscutable - aurait été mieux investi - pour eux - en fabriquant un vrai bombardier stratégique. 

Heureusement, ils ne le firent pas.




mardi 7 mai 2013

Heinkel 111, très efficace jusqu'en Octobre 1941.

La Grande Guerre avait montré aux Allemands que le bombardement était une arme puissante.

L'aspect stratégique avait été rempli - déjà - par d'immenses Zeppelins (jusqu'à 200 m de long !) puis par des avions bimoteurs Gotha.

Des bombardiers moyens, diurnes comme nocturnes, avaient aussi trouvé un emploi efficace.

Enfin, les exploits ahurissants de la Division Aérienne Française du Général Duval en 1918, capable de culbuter la puissante offensive de l'Empereur avait montré l'importance de l'aviation d'assaut aux officiers Allemands.

Il était donc tout à fait normal que Göring et son équipe aient largement développé le bombardement Allemand.

Parmi leurs buts figurait la création d'une formidable industrie aéronautique, y compris civile.



Un authentique bombardier

Le programme Allemand de bombardiers était né en même temps que Hitler avait pris le pouvoir, tout en restant discret pendant 2 ans.

Le Dornier 17 ayant été conçu pour le transport rapide de courrier, les décideurs nazis le voyaient comme un bouche-trou plus que comme un avion d'arme authentique.

Le Heinkel 111, lui, avait d'emblée été conçu comme un bombardier "lourd". A vide, sa masse était d'une tonne plus forte que celle du Dornier 17.

Bien évidemment, si on regarde cela depuis une vision postérieure, par exemple depuis 1970, ses 2 puis 3 tonnes de bombes paraissent alors bien faibles face aux 30 tonnes larguées par un B 52 ou aux 34 tonnes d'un Rockwell B1B. 
C'était même faible par rapport aux 9 tonnes emmenées par un Boeing  B 29 en 1945. 

Mais c'est du même ordre de grandeur que les 4 tonnes d'un B 17.


C'est pourquoi on ne peut comparer que ce qui est comparable dans des moments comparables. 

Les moteurs et les avancées de toutes sortes disponibles en 1938 permettaient difficilement mieux, en particulier pour un bimoteur.

Les 4.2 tonnes de bombes transportables par des Farman 222.2 et 223.3 exigeaient 4 moteurs à faible consommation spécifique.


Un peloton de Heinkel 111 - L'aile, initialement elliptique, a cédé la place à une aile trapézoïdale,
coûtant moins de temps à construire.


L'étude du Heinkel avait bénéficié pleinement de l'expérience aérodynamique apportée par les essais du Heinkel 70 Blitz, ce qui explique le véritable succès des ingénieurs Allemands sur leur nouveau bimoteur, plus grand et considérablement plus abouti.



Un bombardier efficace, mais moins rapide qu'annoncé



Même s'il n'était pas un agile farfadet comme l'était le Dornier 17, il présentait d'excellentes qualités de vol et de maniabilité, qui permirent à quantité d'avions très fortement endommagés de rentrer au bercail.

De ce fait, il constitua la base solide indispensable au développement de la force de bombardement du IIIème Reich.

Son rôle majeur était le pilonnage lourd par tapis de bombes. 

La version P employée pendant la Campagne de France pouvait emmener 2000 kg de bombes dans ses soutes internes, 500 kg de plus que ce que tous les bombardiers bimoteurs Français ou Américains pouvaient emmener .

La destruction du centre de Rotterdam comme celle du centre de Rouen ou d'Orléans illustrèrent parfaitement son efficacité.


La vitesse de pointe de cette version, donnée par le site Wikipedia en Allemand (Mai 2013) n'est que de 390 km/h à une altitude non précisée. A pleine charge, cette vitesse tombait à 330 km/h.

C'est en contradiction avec certaines publications antérieures qui l'annonçaient à 440 km/h, mais c'est la vitesse des dernières versions, plus puissantes.

Sa vitesse ascensionnelle était faible (2.4 m/s, soit de l'ordre de 500 ft/min) et le restera jusqu'à la fin de la guerre, malgré des augmentations de puissances.

Son autonomie variait bien sûr en fonction de la charge transportée de 2400 à 1200 km à pleine charge.

Ce dernier point fut le seul véritablement critiquable de cet avion, incapable d'attaquer efficacement - à pleine charge et avec des bombes de une tonne - la base navale Écossaise de Scapa Flow en partant du territoire Allemand.

Son armement défensif fut progressivement augmenté avec des armes plus nombreuses, passant de 3 mitrailleuses légères à 9 dont 2 mitrailleuses lourdes (l'équipage passant à 5 membres).

La motorisation suivit l'évolution des besoins tactiques.


Un bilan très honnête, mais pas de successeur


La qualité de cet avion est confirmée par les 252 He 111 abattus (+ 96 endommagés) du 1er Juillet au 15 Octobre 1940, pendant la Bataille d'Angleterre, alors qu'il est le bombardier le plus représenté dans ces attaques.

Ce bilan ne représente donc pas un taux de pertes aussi dramatique que cela est ressenti généralement.


Il est significatif que, au sein des premières unités à avoir été équipées du Junkers 88 A (dont la mise au point était encore inachevée), un certain nombre d'équipages demandèrent à être affectés de nouveau à des unités de Heinkel 111.


Il est impossible de parler de cet avion sans rappeler qu'il fut un formidable bombardier de nuit, en grande partie à cause de son système de radio guidage Knickebein qui évolua assez rapidement à la suite d'une véritable guerre des faisceaux radio. 

Initialement, l'idée consistait à employer deux puissants faisceaux de guidage radio à haute fréquence émettant de stations éloignées l'une de l'autre. 
A l'intersection des deux faisceaux, l'avion pouvait larguer ses bombes dont l'erreur était comprise dans un cercle de 1500 m de diamètre. 

Ce système fut employé depuis le début de la guerre et il explique parfaitement les attaques-surprise du 10 Mai sur les aérodromes Français, Belges et Néerlandais environ une demie-heure avant le lever de soleil (rappel : il n'y avait pas d'heure d'été à l'époque).

Cette précision était "suffisante" pour l'éthique militaire du moment. Les Britanniques, incrédules au début, finirent par identifier le système et trouvèrent la parade, ce qui n'empêcha pas la destruction de Coventry. 


Le Heinkel 111 ne fut pas remplacé dans les escadres de bombardement parce que l'Allemagne nazie n'avait pas préparé intelligemment sa succession. 

Bien sûr, les avionneurs avaient bien travaillé sur des cellules nettement plus évoluées, mais les motoristes n'avaient pas eu le temps de mettre au point les moteurs de 2500 à 3000 Cv qui leur étaient nécessaires. 

Ainsi, à cause de ses moteurs, le quadrimoteur lourd Heinkel 177 pouvait s'enflammer spontanément. Si son dérivé quadrimoteur 274, moins dangereux, vola en France à la Libération, ses caractéristiques n'enthousiasmèrent pas ceux qui l'ont essayé.



Le Heinkel 111 resta donc opérationnel jusqu'à la fin de la guerre et continua même à être construit en Espagne pendant quelques années.



dimanche 5 mai 2013

Dornier 17 : Un excellent bombardier Allemand, mal vu par les nazis, qui favorisèrent sa copie !

Quand un bouche-trou devient un atout majeur


Dans l'ensemble, à l'exception du Heinkel 177 près, les bombardiers Allemands ont démontré les très bonnes conceptions des ingénieurs qui les avaient conçus entre 1934 et 1938.

Au niveau aérodynamique, cependant, les deux plus remarquables en 1940, le Dornier 17 et le Junkers 88, ont perdu quelques points pour deux raisons : Un poste avant à facettes planes et des capots moteurs non profilés pour ceux qui utilisent des capots NACA.

Aucun de ces avions ne sera vu comme parfait ni à l'aune des décideurs Allemands ni à celle des analystes Alliés d'après la guerre.

D'ailleurs, ces bombardiers vont peu à peu voir leur rôle s'effacer face aux développements de la chasse Alliée, que ce soit du côté Russe ou du côté Occidental.

Ironiquement, exactement comme en France, le matériel fut mis en cause et, une fois de plus, à tort. 

Il faut se rappeler que le Dornier 17 avait été conçu pour le transport rapide de courrier à partir d'un programme datant d'Août 1932, donc d'avant l'arrivée au pouvoir d'Hitler. 

Lorsqu'il fit son premier vol en 1934, il n'intéressait pas la Luftwaffe qui attendait les bombardiers produits selon ses spécifications.  

Par la suite, les décideurs nazis le virent essentiellement comme un bouche-trou commode plus que comme un avion d'arme authentique.



Né sous le signe de la vitesse


Le Dornier 17, tel qu'il fut sorti initialement en série, était pourtant un avion absolument remarquable. Junkers, qui avait produit le très médiocre Ju 86 pour répondre au programme militaire de Göring, n'hésita pas à copier sans vergogne le Do 17 pour "créer" son Ju 88.

Il était très rapide pour l'époque, extrêmement maniable (il se maniait "comme un avion de chasse") et, aussi, très difficile à repérer visuellement - donc furtif - de loin du fait de son fuselage particulièrement mince qui le firent confondre avec des Messerschmitt 110 par certains pilotes de chasse Français. 



Dornier 17 dans une de ses premières versions (K) - le fuselage aérodynamiquement très fin n'a pas encore les excroissances qui caractériseront le modèle Z. Par contre, les capots moteurs sont archaïques !


Il a subi pourtant deux vagues successives de critiques : 

  • La première concernait une certaine instabilité. Cela fut associé au fait que l'avion n'avait pas la double dérive demandée par le programme (j'ai déjà dit tout le mal que je pensais de ce concept à propos de l'Amiot 351/ 354). Il est piquant de constater que, pour le Ju 88, la Luftwaffe accepta la monodérive !
  • La seconde fut la faible taille de sa soute à bombe, qui limitait la masse délivrable à environ 600 kg (150 kg de plus, quand même, que la charge emmenée par un Blenheim ou un Battle).

Dans une des premières versions (L), l'avion avait une vitesse de pointe d'environ 480 km/h.

Cependant, les capacités offensives et défensives en furent jugées insuffisantes. 


Des modifications plutôt nuisibles 


En conséquence, on modifia tout l'avant du fuselage en l'épaississant et on ajouta un nouveau membre d'équipage. 

De ce fait, la finesse de l'avion fut très altérée et, malgré une puissance augmentée, l'avion perdit beaucoup de vitesse (la vitesse passant à 420 km/h). 

Evidemment, si vous augmentez la puissance alors que votre finesse diminue, votre consommation augmente fortement, ce qui se traduit par une réduction importante du rayon d'action.

Enfin, il pouvait emmener 1000 kg de bombes (comme si ces 400 kg de bombes supplémentaires étaient fondamentaux, en fait, la Luftwaffe cédait à c'est la magie des "chiffres ronds").


Dornier 17 Z - la perte de finesse se voit -


Cette version, le Dornier 17 Z, fut un élément important du bombardement Allemand jusqu'à la fin 1941.



un avion efficace mais vite abandonné


Malgré ces modifications, le Dornier 17 restait pourtant très apprécié par ses pilotes. 

Cela venait de son agilité - restée exceptionnelle - qui leur permettait des attaques d'aérodromes en vol rasant, emploi pour lequel le Heinkel 111, qui constituait une cible bien plus volumineuse, n'était absolument pas adapté. 

Les décideurs du IIIème Reich, eux, attendaient pour ce genre de mission la sortie du Junkers 88. 

Cependant,  ce dernier avion ne tenait pas la comparaison avec le Dornier 17 au niveau des qualités de vol et il fallut attendre deux années et une révision complète de la voilure.


Il faut remarquer, en particulier que l'imaginaire populaire de 1940 craignait plus le Dornier que le Heinkel.


Le Do 17 fut employé dans ce type d'attaques très risquées pendant les Batailles de France puis d'Angleterre.

Pourtant, il n'y a pas connu un taux de pertes considérable (quoiqu'en ait dit le célèbre William Green dans son livre Famous bombers of the Second World War en 1960).

En effet, pendant les 3 mois et demi de la Bataille d'Angleterre, seulement 192 Do 17 furent abattus et 79 endommagés. 

C'est considérablement moins que les pertes en Junkers 88 dont 303 abattus et 128 endommagés (source : aircrafts strength and losses), bien que le Junkers ait été engagé en nombre bien inférieur. 


Pourtant, le Dornier 17 ne fut construit qu'à moins de 2000 exemplaires, sa construction ayant été arrêtée en Octobre 1940. 

Cela n'empêcha pas la Luftwaffe de l'employer sur les champs de batailles pendant l'opération Barbarossa en 1941 et de modifier nombre des survivanst pour en faire des chasseurs nocturnes ou des avions-espions, ce dernier rôle ayant été très certainement son premier rôle opérationnel de l'avant-guerre.

C'était donc un avion particulièrement résistant et efficace.


étonnements et  réflexions



En tant que bombardier, pourtant, on ne lui a jamais accordé les moteurs DB 601 qui eussent permis d'en tirer le maximum en augmentant sa puissance, en diminuant significativement son maître couple et en améliorant nettement son bilan de traînée. 

Ces moteurs étaient réservés en priorité aux Messerschmitt Bf 109 E, Bf 110 C, Heinkel 111 P et Junkers 88.

On ne lui confia pas non plus les Jumo 211 qui auraient pu jouer le même rôle. 

J'imagine que, équipé de ces moteurs, le Do 17 aurait discrédité sérieusement le Junkers 88 à ses débuts.


Je me suis longtemps posé la question de l'origine de cette incohérence (bien heureuse pour nous, évidemment) entre l'expérience des pilotes et les désirs des décideurs. 

J'avancerais donc l'hypothèse que, pour une raison ou une autre, Claudius Dornier était mal vu par les décideurs nazis.


Par ailleurs, la comparaison avec le programme Français est intéressante. Il est la matérialisation du chaînon qui a manqué à notre aviation pour frapper la Wehrmacht.

Le Dornier 17, au niveau de ses performances, était assez comparable au Bréguet 462 malgré un avantage  de quelques 15 km/h. Mais il portait, au plus, 50 % de bombes en moins, 1800 km moins loin

Il était également nettement moins rapide dans toutes les dimensions que l'Amiot 340. Mais il devait être plus manœuvrant.  








dimanche 28 avril 2013

Carnets de la Mémoire

Ce post vous permet de naviguer dans les commémorations diverses.



|------- Les héros de la France :
|
|               |------- François Jacob, Compagnon de la Libération et Prix Nobel , disparaît.
|               |
|-----------|------- Roland de la Poype, as du Normandie-Niemen, Compagnon de la
|               |          Libération, unhomme qui sut développer ses très multiples talents ! Sa
|               |          mort n'a pas reçu l'hommage du gouvernement : De l'ingratitude des parvenus.
|               |        
|               |------- René Mouchotte, héros plus qu'exemplaire de la France Libre. On lui a volé, il y
|               |          a peu, un de ses titres de gloire. Alors, non, moi, je ne commémorerai pas
|               |          ceux qui ont décidé ainsi.
|               |    
|               |-------        
|                          
|                    
|               |------- La Victoire de 1918 sur une Allemagne prussienne impitoyable et dévastatrice,
|               |          battue par l'union de toutes les forces de la Nation. Elle doit être fêtée, non
|               |          dans une cérémonie fourre-tout, mais aussi avec amitiés pour nos Alliés et
|               |          nos anciensadversaires devenus nos amis.
|               |        
|-----------|-------- La rafle du Vel d'Hiv est une rafle Allemande. La police Française, aux ordres
|               |          de Vichy, par suite des termes de l'armistice du 24 Juin 1940, fut obligée d'y
|               |          participer. Ceux qui avaient voté les pleins pouvoir à Pétain en partage donc
|               |          la responsabilité. Pas la France, car ce faisant, ils l'avaient abandonnée. Les
|               |          héros sont rares...
|               |      
|               |------- Le 10 Mai 1940 : Une surprise qui n'aurait pas dû être. Le résultat d'une
|               |          longue période de paresse intellectuelle. Le Monde y perdit les premières
|               |          dizaines de milliers de ses 50 à 100 millions de morts, sans compter les
|               |          vies gâchées, combien plus nombreuses...
|               |        
|               |-------

dimanche 21 avril 2013

Mort du Résistant et Prix Nobel de Biologie François Jacob

Évoquer, dans ce blog, la mort du Prix Nobel de Biologie et Médecine François Jacob surprendra plus d'un de mes lecteurs.

Mais j'espère leur montrer que je suis toujours sur le même chemin.


Avant de démontrer son authentique génie de la Biologie moderne, François Jacob fut un non moins authentique héros sacré Compagnon de la Libération, une espèce inéluctablement en voie de disparition.

Il a tout quitté à 20 ans, en Juin 1940, pour rejoindre la France Libre et se battre pour la France.

Comme il avait commencé ses études de médecine, il a été affecté à la Colonne Leclerc, en tant qu'infirmier, lui qui voulait tant se battre avec des armes. Mais il faut aussi soigner les soldats.

Cela a continué jusqu'après le débarquement de la 2ème DB en Normandie où il fut très gravement blessé par une bombe Allemande, alors qu'il veillait un très grand blessé.

Après des soins et une convalescence interminable (7 mois), il finit ses études de médecine par une (vraie) thèse de médecine sur un antibiotique.

Sa chance fut de rencontrer André Lwoff à l'Institut Pasteur et de se lancer dans les arcanes de la Génétique bactérienne en même temps que dans la Biologie Moléculaire.

Il a obtenu le Prix Nobel conjointement avec ses amis André Lwoff et Jacques Monod pour leur travail sur le mécanisme de régulation de l'opéron lactose.


Mais, en ce qui me concerne, il en aurait mérité un également rien que pour avoir postulé l'existence de l'ARN messager, puis pour en avoir démontré l'existence avec un ami américain.


Je l'ai rencontré une fois il y a une petite dizaine d'années et je peux vraiment dire que, comme c'est souvent le cas avec les vrais grands hommes, il était d'un accès extrêmement facile, d'une agilité intellectuelle remarquable et qu'il avait vraiment beaucoup d'humour et de vivacité.


Les vraiment très grands scientifiques sont assez rares.

Les vrais héros également.

Mais François Jacob appartenait en même temps à ces deux catégories.


En cela, pour moi il était unique. Il nous manque déjà...

dimanche 7 avril 2013

Le Morane 406 au combat : Des forces, des faiblesses, mais, aussi, un commandement... inapproprié (?)

(If you prefere the English version of this post, click here)


Plusieurs de mes lecteurs ont regretté ma sévérité face au Morane 406.

Comme j'ai complété mon dernier post sur le Dewoitine 520 par un texte sur son aptitude au combat vu par des Allemands, qui en donne une vision plus directe et précise, je vous propose ici de voir le Morane d'une manière similaire.

Pour cela, j'ai analysé l'ensemble des opérations menées pendant la Bataille de France, dont le bilan est d'ailleurs très complexe.

Ma source est essentiellement le livre Le Morane-Saulnier MS 406 de Lela Presse.

Pour ce qui est des comptages, j'ai été amené à faire des choix en fonction de ce qui me paraissait vraisemblable. Par exemple, ayant constaté que les revendications de Pierre Le Gloan pendant la guerre de Syrie étaient toutes validées par C. Shores et C.J. Ehrengardt, j'ai validé sa victoire probable.

Par contre, je n'ai pas validé une victoire sur un Henschel 126 dont rien, dans le texte, n'indique qu'il ait fini au sol. Mais cela ne concerne au plus que quelques unités, donc les ordres de grandeurs ne varient pas.

Un problème d'échantillonnage


La première limitation à laquelle je me suis heurté, qui touche tous les types d'avions Français, est l'attrition des effectifs d'avions due aux attaques d'aérodrome.

Cela va réduire plusieurs groupes de manière quasi-totale, amenant à les ré-équiper complètement. Ils ont ainsi été éliminés du champ de bataille aux moments cruciaux de la bataille.

Par exemple, c'est une petite quarantaine de Morane qui furent ainsi détruits au sol entre le 10 et le 16 Mai. L'ordre de grandeur de ces destructions au sol est le même que celui des pertes en vol.

Les avions ainsi détruits ne représentaient plus aucun danger pour les bombardiers Allemands !

La seconde, partiellement connexe, provient des abandons d'avions non réparés qui, dès lors, tombèrent aux mains de l'ennemi ou furent détruits pour éviter cette issue..

Ainsi, le 17 Mai, le GC III/2 s'était envolé (heureusement à temps) pour un aérodrome parisien avec 11 Morane valides mais en laissant sur place 17 avions non réparés.

Ces deux facteurs réduisirent considérablement le nombre d'avions susceptibles d'opérer efficacement contre l'aviation ennemie.

Cela n'aurait aucun sens de prendre ces pertes en compte dans les "vraies" pertes au combat, même si elles en dérivent obligatoirement.

La plus grande partie d'entre elles étaient évitables par un aménagement rationnel des bases incluant une DCA servie par des hommes compétents et courageux.

Ce qui ne fut pas toujours le cas, comme par exemple, le 16 Mai, lorsque la DCA censée protéger le Groupe II/6 resta muette pendant 20' alors que 18 Do 17 bombardaient puis mitraillaient impunément le terrain qu'elle devait protéger, ne laissant que 4 Morane aptes au vol.

Mais les aérodromes qui ont fini par tomber aux mains de l'ennemi étaient tous restés occupés trop longtemps alors que les lignes ennemies s'étaient dangereusement rapprochées.

J'ai du mal à comprendre - il est vrai que je ne suis qu'un simple citoyen - que les commandants de groupes aient attendu indéfiniment l'ordre d'évacuation salvateur issu de leur hiérarchie plutôt que d'envoyer leurs avions en sécurité.

L'obéissance à ce point aveugle, qui interdisait toute initiative, est forcément mortelle. Mieux valait risquer le conseil de guerre que de perdre des dizaines d'avions (je sais, c'est typiquement une pensée de contribuable).

Accessoirement, il devait être évident pour tous ces commandants que l'Etat-Major de l'Air était complètement saturé d'informations désagréables et qu'il n'avait rien prévu pour faire face à une telle situation.

C'est d'autant plus impardonnable que les officiers en charge des aérodromes devaient avoir une idée des derniers points où leurs pilotes avaient vu l'ennemi.

Par ailleurs, en partant dans la panique du dernier moment, il devenait impossible de miner les terrains.

Ainsi, les chasseurs et bombardiers Allemands n'avaient qu'à s'y installer tranquillement pour continuer leur sale boulot.

Si nos officiers avaient été correctement renseignés, ils eussent su que les Messerschmitt ne pouvaient pas s'éloigner de plus de 200 km de leur terrain. Des mines bien placées auraient peut-être détruit un ou deux avions, mais surtout, elles auraient ralenti les Allemands, ce qui n'entrait pas du tout dans leur schéma de Campagne à l'Ouest. Maintenant, vous vous dites peut-être que ma vision est très "post-Afghanistan", mais ceux nos officiers qui avaient vécu l'offensive en Sarre de 1939 connaissaient l'importance des pièges explosifs et l'avaient raconté.

les victoires pendant une période "pertinente"


L'effectif initial de l'Armée de l'Air (en métropole) en Morane-Saulnier 406 au matin du 10 Mai 1940 était de 10 groupes de chasse pouvant aligner chacun de 25 à 30 avions en théorie mais la disponibilité réelle faisait qu'il valait mieux compter 20 avions par groupes. Soit 200 avions au moins.

Un groupe (I/6) étant encore dans le Midi, cela signifie que ce sont 180 Morane qui ont dû faire face aux premières attaques de la Luftwaffe.

Les pertes furent importantes, aussi bien en avions qu'en pilotes, surtout à partir de 2ème jour, puisque la Jagdwaffe était devenue très présente. Je me contenterais donc de donner les résultats allant du 10 au 14 Mai.

Elles sont de 60 avions Allemands, y compris deux avions abattus en coopération, l'un avec des Bloch 152 du II/8, l'autre avec des Hurricane.

La plus importante part de ces victoires est constituée de 27 Heinkel 111, suivi logiquement par 13 Dornier 17 ou 215 (qui sont distingués inutilement par nos pilotes mais qui ne sont que de simples variantes d'un même avion).

Ces avions constituèrent des cibles difficiles. Très rares sont ceux qui furent abattus par un seul pilote, et quand ce fut le cas, il s'agissait d'un excellent pilote très bon tireur qui deviendra un as (par exemple, Pierre Le Gloan).

Dans la plupart des cas, nos pilotes devaient se grouper pour abattre les avions ennemis.

Le cas le plus caricatural est celui d'un groupe de Heinkel 111 qui avait survolé Luxeuil à 08:30. Le commandant du GC II/7, alerté à temps, fit décoller ses 21 chasseurs pour éviter qu'ils soient détruits au sol.

Mais les bombardiers Allemands ne s'intéressaient pas à cette base.

Cinq Morane restèrent en couverture à Luxeuil.

Les 16 autres se lancèrent à la poursuite des bombardiers qu'ils ne purent rattraper que peu avant Dijon (donc après 240 km de poursuite, ce qui signifie qu'elle avait duré de 40 à 50' !).

Un des Heinkel, train sorti dès les premiers tirs, fut isolé et abattu près du lac des Settons (~50 km plus loin) après le tir conjoint des 16 Morane ! J'y reviendrais plus loin.


Si le Dornier 17 reste très connu pour sa grande maniabilité, qui lui valut d'être employé préférentiellement dans les attaques d'aérodromes à basse altitude, le Heinkel 111 a démontré que bien piloté, il pouvait, lui aussi, assurer un combat tournoyant.

Ainsi, le 10 Mai, le S/Lt Steunou a attaqué un He 111 esseulé vers 05:30. Le pilote ennemi manœuvrait très bien. A l'arrivée en renfort  de l'Adj Diaz et du S/Lt Capdeville, il profita de son avantage de vitesse pour s'enfuir. Le combat avait duré 25' !

Deux Junkers 88, le plus rapide bombardier de la Luftwaffe (officiellement), ont également été abattus dans cette courte période.
Le premier, qui avait bombardé le terrain du III/1 au petit matin du 10 Mai, l'avait bien cherché, vu qu'il avait traîné sur place pendant un bon moment !

Six Henschel 126 font bien sûr partie de cette charrette, mais il est intéressant de constater que il faut souvent une patrouille de 3 Morane (voire plus) pour abattre certains d'entre eux, ce qui montre leur excellente maniabilité comme l'excellence de leurs pilotes.

Aucun Junkers 87 n'a été rencontré, ce qui est normal, puisque les engagements de ces premiers jours n'ont pas eu lieu près du front.

Enfin 12 chasseurs Messerschmitt sont à comptabiliser, à part égale entre Bf 109 et Bf 110.

Il est à noter que face au monoplace Allemand, les victoires montrent que le Morane peut tirer son épingle du jeu face à un avion pourtant très supérieur en performances.

Encore faut-il que le pilote ne soit pas surpris. Car, évidemment, les situations d'entame des combats étaient déterminantes. Cela fut vrai pour tous les chasseurs Français - y compris les Curtiss et les Dewoitine - dont la visibilité arrière était quasi-nulle, interdisant l'anticipation des manœuvres vitales.

les pertes, premières constatations


La violence de l'attaque Allemande est attestée par la perte définitive de 43 Morane en 5 jours, qui s'est accompagné, hélas, de la disparition de 13 pilotes tués.

Il y a eu aussi des pilotes blessés et d'autres prisonniers.

Cela peut se dire autrement : Cela représentait l'anéantissement complet de 2 groupes entiers, ou encore de 20% de l'effectif total de Morane... en juste 5 jours.

Treize pilotes survivants durent quitter leur chasseur en flamme. Cela représente environ 30% des pertes. Ce qui m'a interpellé fut que l'essentielde ceux-là avaient été abattus par les mitrailleurs arrières des bombardiers.

Il paraît évident que le radiateur d'huile, qui présentait une surface importante de la face avant du fuselage, était particulièrement vulnérable. L'huile surchauffé d'un moteur très mal refroidi pouvait s'enflammer, comme le savent celles et ceux qui font chauffer de l'huile dans une poêle.

Néanmoins, le fait qu'un seul avion (MS n°67 du II/6, piloté par l'Adj Leclercq) ait été rapporté comme ayant explosé en vol,  signifie que les 2 réservoirs d'essence étaient plutôt correctement protégés.

Les attaques infructueuses


Ce qui étonne maintenant, c'est le nombre étonnant d'attaques qui n'ont pas abouti, même lorsque les pilotes voyaient les moteurs de leurs proies commencer à brûler.

Ainsi, le 10 Mai vers 15:00, 5 Morane du GC I/2 attaquent 6 He 111 du KG 55 sans protection. Deux bombardiers sont attaqués chacun par une patrouille. Le premier Heinkel attaqué ralentit, mais sa formation aussi. Le second bombardier met la gomme et s'enfuit. Les Morane rentrent bredouilles.

Le lendemain, une mésaventure identique arrive à une patrouille du GC II/2 avec un Do 215, puis aussi au GC III/2 avec un Do 17, ces avions étant réputés moins rapides que les Heinkel.

Au total, pour ces 5 jours de combat, il y a eu 25 avions Allemands engagés qui sont rentrés à la maison.

Il va de soi que c'est une proportion anormalement élevée. Elle explique la fable qui a couru après le 24 Juin 1940 sur "des avions Allemands blindés".

Mais cette fable nous apporte une partie de l'explication de l'ampleur du phénomène. Il s'agit de problèmes d'armes et d'armement.

Nos ingénieurs de l'armement avaient décidé (programme de Juillet 1934) que les chasseurs porteraient un armement de 1 canon de 20 mm et 2 mitrailleuses de 7.5 mm type MAC (Manufacture d'Armes de Châtellerault).

Le canon (Hispano-Suiza HS 404) tirait des obus de 125 gr à 850 m/s au rythme de 700 cp/min, ce qui était très destructeur pour tout avion attaqué jusqu'en 1945. Par contre, il n'était approvisionné qu'à 60 obus, ce qui représentait juste 8 secondes de tir. La pièce pesait 60 kg à vide.

Les mitrailleuses de 7.5 mm disposaient de 300 cartouches dans un chargeur spiral. Cela représentait environ 16 secondes de tir.

Autant dire qu'il fallait vraiment être un excellent tireur pour abattre des bimoteurs de 10 tonnes en charge dans ces conditions !

Pour mémoire, le Dewoitine 520 disposait de 4 mitrailleuses en plus du canon et elles étaient capables de tirer 675 balles chacune. Le Bloch 152 avait le même nombre de mitrailleuses qui tiraient 500 cartouches, mais ce chasseur disposait aussi d'un canon supplémentaire.


Cependant, l'armement du Morane était suffisamment puissant pour détruire les Messerschmitt qui passaient à portée de tir.

Dans leurs livres Docavia sur la Chasse Française entre 1918 et 1940, Jean Cuny et Raymond Danel se demandaient pourquoi nos chasseurs n'avaient jamais été pensés pour des mitrailleuses lourdes de calibre 12.7 mm ou 13.2 mm.

Bien évidemment, de telles armes montées à la place des MAC de 7.5 mm eussent sans aucun doute augmenté très fortement les succès de tous nos chasseurs sans les alourdir inconsidérément. Mais nos ingénieurs de l'armement voulaient tout standardiser et, par ignorance des aléas du tir air-air (et probablement sous l'influence des artilleurs de Marine), pensaient que le canon de 20 mm était la panacée universelle.


Cependant, je me souviens avoir lu, il y a pas mal de temps, que les mitrailleurs Allemands avaient payé un lourd tribu pendant la Campagne de France. Le déficit de victoires des Morane n'implique donc pas obligatoirement une relative innocuité pour le corps de bombardement Germanique.

Un commandement inerte


Ce qui peut surprendre, dans cette période, c'est l'envoi de notre chasse en Belgique.

 Il était tout à fait concevable d'envoyer nos Curtiss escorter nos avions de renseignement ou de bombardement en Belgique. Encore fallait-il que leurs aérodromes restent en France.

Par contre, envoyer nos autres groupes de chasse en Belgique était un pari stupide.

Nos Morane avaient un rayon d'action plutôt modeste (même si les Bloch étaient encore plus mal lotis sur ce plan). Ils étaient des chasseurs défensifs purs.

J'ai déjà dénoncé la stupide inféodation des chasseurs à des zones géographiques. Il va de soi que les bombardiers étaient logés à la même enseigne.

Nous le savons depuis longtemps, les aviateurs de reconnaissance avaient parfaitement identifié le point d'attaque de Guderian dès le 12 Mai au soir.

Il eut été normal de préparer une très grosse offensive aérienne dans les Ardennes, (je veux dire une noria de tous nos bombardiers, y compris les Bloch 131 qui eussent été bien plus adaptés dans ce rôle que dans celui de la reconnaissance), et pour l'aider, y envoyer toute notre chasse, laissant la protection du territoire aux seuls Potez 631.

Les pertes Françaises auraient, en quelques jours, atteint un sommet monstrueux. Mais les chars de Guderian et de Rommel ne seraient pas passés.


Dans ce contexte, il est tout de même difficile de comprendre que le I/6 soit resté à Marignane du 10 au 17 Mai et que le I/7 soit resté pendant toute la campagne au Liban !


Il était de la responsabilité de Vuillemin de jouer son rôle tactique et stratégique.

Mes critiques quant aux performances du Morane restent intactes, elles sont plus que validées par la poursuite de 240 kilomètres nécessaire au GC II/7 pour rattraper des Heinkel 111 volant à 5000 m.

Si ce groupe avait été équipé de Nieuport, l'affaire eut été réglée en une dizaine de minutes, lui permettant de passer du temps supplémentaire pour attaquer d'autres groupes ennemis.

De même, les pertes liées aux mitrailleurs ennemis eussent été considérablement réduites, car nos pilotes auraient eu en permanence cet avantage d'altitude qui permettait la surprise.

L'importance de la surprise pour les chasseurs est bien illustrée par le fait d'armes d'une patrouille du II/6 et du III/3 le 15 Mai (juste en dehors de la période que j'ai choisie).

Le chef de cette patrouille était l'A/C Leblanc, il emmenait le S/Lt Bévillard et le Sgt Gouzi et tous volaient à 5000 m.

Leblanc ayant repèré un Do 17, ne fonça pas droit sur lui mais monta avec ses équipiers à 6000 m et vers l'Est pour être dans le soleil de l'ennemi.

Il piqua ensuite sur le Dornier à la plus grande vitesse possible et Gouzi, plein de fougue, réussit à donner le coup mortel, ouvrant son palmarès de tout près et sans recevoir aucune balle dans son avion.

Cela montre que, employé intelligemment, le Morane pouvait donner de meilleurs résultats que ce qui a pu en être obtenu en moyenne.

Cela confirme aussi que la transformation en MS 410 aurait bien amélioré la vie de nos pilotes.




vendredi 22 mars 2013

Appétit sur Chypre : Risques Stratégiques Européens



Le refus du parlement Chypriote de voter les taxes sur les dépôts bancaires a mis à nu un nouvel aspect de la crise Européenne.


C'est à la fois instructif et inquiétant, pas seulement pour la France, ni pour l'Europe, mais pour une bonne partie de ce qu'il était autrefois convenu d'appeler le Vieux Continent.


Pour améliorer les affaire de son pays, le Premier Ministre Chypriote n'est allé ni à Bruxelles, ni à Berlin, mais à Moscou. 


Cela n'a pas semblé émouvoir qui que ce soit dans notre délicieuse sphère médiatique ni dans la très bizarre sphère des dirigeants Européens


Simple citoyen lambda, je crains sérieusement que, de maladresses catastrophiques en outrances multiples, nous nous trouvions très rapidement dans une situation bien désagréable.


Rappels de Géographie politique


Quoiqu'en pensent les dirigeants Turcs, Chypre est une terre où la manière de penser les problèmes est Grecque (78 % de la population de l'île). 

Ce qui signifie, entre autre, que la notion d'Etat et de légalité sont encore loin de faire partie de la pensée courante (c'est un héritage complexe de la colonisation Turque). 


Nos édiles européens avaient bizarrement accepté la candidature de la Grèce à la Zone Euro malgré ses finances en berne et ses énormes faiblesses (parfaitement connexes) au plan des administrations fiscales. 

Des choses que nos profs d'Histoire et Géographie enseignaient pourtant en lycée à leurs élèves. 


Le pays de Socrate et de Platon était au bout du rouleau avant que le scandale de la dette ne nous soit raconté par le menu.



Les mesures drastiques imposées à ce pays par Bruxelles n'ont pas touché les responsables des problèmes - Goldman Sachs qui avait maquillé les comptes étant une banque US et les oligarques qui se disaient Grecques n'ayant en réalité pas de patrie - mais les classes moyennes et populaires, déjà touchées par le chômage.

La Grèce, même si elle avait souffert d'une classe politique exceptionnellement calamiteuse, a ressenti (et ressent encore) cela comme injuste et a développé un puissant rejet de l'Europe de Bruxelles. 



Dans le même temps, le paradis fiscal Chypriote avait attiré d'importants transferts financiers venus de sociétés Russes. 

Mais la crise a joué son rôle et Chypre a justement vécu un effondrement financier dramatique.


Lorsque l'Europe Bruxelloise, poussée par sa chancelière, a voulu sortir de ce problème. 


Elle a décidé donc de taper dans les avoirs de ces sociétés, ce qui revenait essentiellement à récupérer de l'argent Russe, s'est-elle vraiment rendue compte de ce qu'elle faisait ? 


Je me permets humblement dans douter.


Le résultat, c'est que la Grèce et Chypre sont donc deux pays qui en veulent vraiment à l'Europe de Bruxelles. 

Mais maintenant, la puissance Russe, énergétique autant que militaire, semble se trouver à leurs côtés. 


Ces trois pays ont gardé en commun les mêmes griefs particulièrement forts à l'égard de l'Allemagne depuis 1941 (les Chypriotes par solidarité avec les Grecs). On peut les comprendre...




L'accès aux mers chaudes


Pourtant, imaginons une seconde que Chypre deviennent un territoire protégé de la Russie. 
Bien sûr cela ne concernerait au départ que des aspects financiers. Même dans ce cas, Chypre ne serait plus du tout Européenne (au sens de l'UE comme de l'Euro).

La Russie y trouverait l'avantage stratégique qu'elle recherche depuis Pierre Le Grand : Le fameux accès permanent aux mers chaudes.


(Rappel : 


La Russie est un pays Nordique, le plus Arctique même qui soit. 

En conséquence, les navires Russes, déjà éloignés des lignes maritimes traditionnelles, ont beaucoup de difficultés à sortir ou entrer dans leurs propres ports pendant la période hivernale. 


L'accès aux mers chaudes exige au moins un port libre de glace en toute saison. 


Depuis 1694, les Tsars, puis les dirigeants soviétiques et les présidents de la République Fédérative de Russie ont toujours tendu vers cet accès.)


La Grèce resterait-elle Européenne dans un tel cas ? Rien n'est moins sûr.


Si les choses en restaient là, il n'y aurait pourtant pas de quoi s'en inquiéter sérieusement, la Russie n'étant pas - à mon avis - une puissance menaçante à notre égard.


Cependant, Chypre n'est pas seulement un état de langue Grecque, c'est aussi une île dont une partie non négligeable, la moitié Nord est, inacceptablement, sous occupation Turque (les Turcophones sont 18% de la population totale). 


L'éventuelle arrivée de la Russie dans cette île changerait complètement la donne de l'occupation Turque. Mais cela changerait probablement aussi la donne en Grèce.




Chypre sur Wikipedia

Comme si cela ne suffisait pas, deux bases britanniques sont situées dans la partie Grecque, la plus grande à l'Est et l'autre au Sud.

Les Britannique et les Russes ont un long passé de confrontation houleuses, pourtant, mon inquiétude ne vient pas de là, même si j'ai du mal à imaginer des bases Russes et des bases Britanniques installées côte à côtes.




Géographiquement, par sa situation toute proche de la Turquie, de la Syrie, du Liban, d'Israël et de l'Egypte, Chypre occupe une place stratégique idéale.


un potentiel de crise


La Turquie, la Syrie, Israël et l'Egypte sont donc vivement intéressées par qui y détient le pouvoir.


Si la Russie y devient importante, la donne est complètement changée dans cette région, et cela, juste à la sortie du Canal de Suez.



Dans le même temps, la Turquie a changé, en partie à cause de l'arrivée au pouvoir de Mr Erdogan et de son parti "non laïque" qui tendent à éliminer l'héritage stupéfiant de l'immense Kémal Atatürck. 

Ce grand pays a, pour l'instant, une économie dynamique, une armée puissante et surtout des ambitions considérables. 



Si la Turquie et la Russie se contrariaient mutuellement, cela pourrait avoir de graves conséquences pour tout ceux qui vivent autour de la Méditerranée. 

Espérons donc que personne n'y trouve son intérêt...